Week-End

weekend

Le film « Weekend » d’Andrew Haigh, sorti en 2011, a connu un succès mérité. J’avais acheté le Blu-Ray sans le visionner de suite et il est resté longtemps sur une étagère avant d’être ouvert. Une histoire de deux hommes qui se rencontrent le temps d’un week-end ça me semblait banal et j’ai tardé à voir cette histoire. Lorsque je l’ai vu, j’ai pris une claque.

La façon de filmer au plus près des acteurs et le jeu sensible et réaliste de ceux-ci donne à voir la naissance progressive d’un amour sans lendemain tandis que la lente narration pose le caractère des deux protagonistes. La force de ce film souvent en huis clos réside aussi dans l’évocation de ces rencontres où les amants se cherchent. Les conversations entre eux sur le coming out, la façon de se percevoir et de vivre gay dans une société plus ou moins hostile, l’amour, le sexe et le couple ne sont pas de simples exercices scénaristiques. Elles évoqueront maintes situations vécues au spectateur homosexuel au point et réveilleront le souvenir de possibles passés évanouis eux aussi le temps d’un week-end.

La fin arrive avec la force de l’évidence et laisse le spectateur aussi mal à l’aise et troublé qu’un regard perdu sur un quai de gare. On aimerait imaginer une suite à ce film sensuel et bouleversant qui puisse ouvrir un nouveau possible…

Après l’accueil du film et son succès récompensé par plusieurs prix, Andrew Haigh avait envisagé le tournage d’une suite. Une telle initiative aurait pu satisfaire notre envie de ne pas donner de point final à ce week-end amoureux mais aurait sans doute ruiné le propos du film dont la force est précisément dans cet inaccessible espoir.

Le site web du film : ici.

Publié dans : Divers, Gay | le 14 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »

CGT : LA MAUVAISE DÉFENSE DE LEPAON

chateau
 

Depuis que le Canard Enchaîné a sorti l’affaire de l’appartement de fonction loué pour le Secrétaire Général de la CGT à Vincennes et rénové à grands frais, on attendait la réponse de Thierry Lepaon : celle-ci est venue ce mardi 4 novembre devant le Comité Confédéral National (le « parlement » de la centrale de Montreuil selon la formule consacrée). La première réaction de la CGT sous la forme d’un communiqué pour expliquer que si on en veut à l’organisation syndicale c’est qu’elle gêne, était un peu courte et le silence du principal incriminé commençait à peser lourd et à laisser les militants cégétistes ronger leur frein face à une campagne médiatique un peu surjouée… Lepaon déclare avoir voulu réserver sa réponse à l’interne de la CGT : c’est ignorer les règles élémentaires de la communication de crise car le silence est un terreau fertile et sa réponse tardive a laissé le champ libre à ses détracteurs.

Le long texte lu par Lepaon devant le CCN de la CGT (voir ici) est calibré pour son usage interne. On resserre les rangs face à l’adversité, on demande à la commission financière de contrôle de faire un rapport, on identifie une faute collective dans le processus de décision que l’on veut corriger en embauchant un directeur administratif et financier, on tape un coup sur Manuel Valls qui ferait mieux de s’occuper de la France que de la CGT et enfin on fustige le corbeau qui a préféré s’adresser à la presse qu’aux organes internes de la centrale dans un but transparent de nuire au Secrétaire général en place…

Si à la première lecture, ce plaidoyer répond aux canons de l’exercice de justification devant une instance interne, il soulève en réalité plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Voilà un Secrétaire général qui "apprend par la presse" le montant de rénovation de son appartement ; comme Sarkozy ignorant du montant pharaonique de ses grands meetings électoraux et de la « tuyauterie » mise en place dans l’affaire Bygmalion… Pour peu que cette fable soit réelle ce serait faire montre d’un bien faible soucis pour les finances de son organisation.

Voilà un provincial débarquant à la capitale et ignorant des « codes sociaux » qui mettent Vincennes dans les quartiers plutôt chics de la banlieue parisienne. A supposer que Lepaon arrivait à Montreuil avec la paille dans les sabots, il n’y avait aucun camarade pour y voir un problème ?

Voilà une organisation syndicale soumise à la certification des comptes et où « une seule personne » peut engager plus de 100 k€ de travaux sans en référer à personne ? Or précisément l’une des premières tâches d’un commissaire aux comptes est d’identifier tous les processus de décision comptable et de contrôle. De deux choses l’une, soit le commissaire aux comptes est un dilettante, soit les procédures normales de décisions n’ont pas été respectées.

Enfin la question de départ demeure : que la confédération accorde un logement de fonction a un dirigeant habitant en province, rien de plus normal, les postes dirigeants ne sont pas réservés aux parisiens. Le logement de fonction doit être un logement simple, fonctionnel et certes personnalisé mais pas au-delà : une organisation qui se fixe des limites dans la rémunération de ses cadres dirigeants, s’en fixe aussi dans les avantages matériels qu’elle leur accorde. Or voilà une organisation bien mal gérée qui loue un appartement tellement délabré qu’il faille faire pour plus de 100 k€ de travaux… Le propriétaire doit se réjouir d’un locataire si conciliant et généreux !

La défense de Lepaon qui s’exonère devant le CCN de la CGT ne fait en fin de compte que souligner les dérives de fonctionnement au sein de la direction de la confédération où la mésentente est un secret de polichinelle : notons que 4 membres du bureau Confédéral (sur 10) n’ont pas voté la note interne qui a été diffusée suite aux révélations de la presse. En soulignant une « faute collective » que beaucoup ne reconnaîtrons pas, Lepaon s’est mis lui-même en mauvaise posture. Le jour même où une grève des transports ferroviaires et urbains appelée par la seule CGT est si peu suivie, la crise du leadership au sein de la centrale de Montreuil ne fait qu’apparaître avec plus d’acuité.

Publié dans : Politique, Syndicalisme | le 4 novembre, 2014 |1 Commentaire »

MONDONVILLE

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« Nous soulageons nos peines en te faisant souffrir »… Tout un programme !

 

Publié dans : Musique | le 26 octobre, 2014 |Pas de Commentaires »

LA PISSOTIÈRE & LE SEXTOY

Plug 

Le temps d’un week-end l’internet bruisse sur ce genre d’affaires que les réseaux sociaux affectionnent : le dégonflage de l’œuvre de Paul Mc Carthy place Vendôme…

C’est que le sapin gonflable de l’artiste évoque nettement un buttplug (un « plug anal » pour les amateurs de traduction semi-française). Voilà donc une provocation et un « sapin moche » (dixit Le Figaro)… Le sapin est dégonflé et l’artiste giflé par inconnu renonce à le réinstaller. Le bon goût est peut être sauvé mais la liberté artistique est foulée aux pieds.

La provocation ? J’ignorais que tant de gens savaient reconnaître un plug au premier coup d’œil. L’assimilation entre ce plug vert et la forme du sapin est-elle plus incompréhensible ou moins artistique que le concept de l’urinoir renversé (la « Fontaine ») de Marcel Duchamp en 1917 dont une réplique de 1964 est à Beaubourg ? Mc Carthy n’est pas Duchamp, mais il est ironique de constater que l’œuvre de Duchamp considérée comme la « plus controversée » du siècle dernier est aujourd’hui une œuvre reconnue, passée à la postérité et qui a sa propre page sur Wikipédia.

On peut ne pas aimer le sapin de Mc Carthy, ne pas comprendre la démarche de l’artiste… mais au point de se réjouir d’une destruction et d’une agression ? Les commentaires qui prétendent distinguer le « vrai art » du faux, ne rappellent-ils pas ceux qui fustigeaient hier l’art « dégénéré ». Détruire une œuvre c’est comme brûler un livre, c’est un acte effrayant.

En 2008 une polémique avait brièvement agité les gazettes suite à l’exposition d’œuvres de Jeff Koons dans le Château de Versailles. Personnellement, je n’étais pas du tout convaincu de l’adéquation du lieu pour mettre en scène les créations de Koons, mais si la poignée de manifestants qui voyaient là une offense à Marie-Antoinette (véridique) avait saccagé l’installation, j’aurais défendu sans retenue la liberté artistique.

Il y a une petite France rance qui exprime ses peurs et ses rejets par hoquets. Ne la laissons pas grandir.

Publié dans : Divers, Politique, Société | le 19 octobre, 2014 |4 Commentaires »

OUBLIER ZEMMOUR

troll
 

Éric Zemmour est devenu un troll audiovisuel. Plusieurs commentateurs ont souligné cette mutation du chroniqueur-essayiste. La seule différence avec un troll sur internet, c’est que le troll audiovisuel n’est pas anonyme, son nom est même un étendard. Hormis cela, sa fonction est la même : pourrir les débats et envahir l’espace en fustigeant la pensée unique. La « pensée unique » est un concept commode qui permet de ranger dans le même sac tous ceux qui ne pensent pas comme vous ; quand on est lassé de se cacher derrière des arguments d’autorité il suffit de jeter de la poudre de « pensée unique » ; pour aveugler l’adversaire. 

Il y a un "air du temps" qui permet à Zemmour de s’épanouir dans les médias. Zemmour aimerait faire un mai 68 à rebours et cette petite musique est agréable aux oreilles des franges les plus réactionnaires de la société actuelle, celles qui prennent l’air lors des Manifs pour Tous par exemple. Zemmour aimerait tellement faire un mai 68 à l’envers qu’il s’invente un mai 68 personnel qu’il n’a pas vécu, au prix d’un petit mensonge sur son âge lors d’une interview (il est né en 1958 et à 10 ans on ne défilait pas rue Gay-Lussac).

Exprimer sa misogynie, son homophobie ou son racisme à petites lampées savamment distillées a permis de créer son nouveau personnage de troll. S’il était apparu, un jour, en bloc, comme ce qu’il est aujourd’hui, il aurait été zappé. Non, lui s’est façonné par petites touches progressives en occupant les plateaux télé comme un chroniqueur seulement agaçant, parfois brillant, souvent péremptoire mais en étant chaque fois juste un tout petit peu trop loin mais suffisamment près de la ligne jaune pour ne pas se couper du mainstream qu’il dénonce.

Un jour donc les féministes ont détruit les hommes et l’avortement « ne libère pas la femme ». Peu importe de savoir de quel féminisme il parle et ce qu’est pour lui le contrôle des naissances ou la libre disposition de son corps, car contrairement à ce qu’il voudrait laisser croire, ce n’est pas le débat intellectuel qui l’intéresse. L’emporte-pièce est son outil fétiche. Il est prêt à prendre le contre-pied de n’importe quel argument qu’on lui opposerait avec en prime la posture d’une victime.

Un autre jour c’est le soi-disant puissant lobby LGBT qui met l’école de la République à son service le lendemain ce sont les étrangers qui sont majoritairement délinquants. Enfin cerise sur le gâteau : Vichy a beaucoup fait pour sauver les juifs français. La défense de Vichy par un juif, c’est évidemment un must. La réplique argumentée et factuelle de l’historien Robert Paxton, mis en cause par le troll, est inaudible. Et trop compliquée : l’erreur que le troll assène en une phrase, nécessite un article complet pour reconstruire une vérité argumentée.

Courant en zig-zag dans ses indignations il prend soin de ne pas être confondu avec un réactionnaire étiqueté : il n’est ni un identitaire, ni un frontiste, ni un pur libéral, il est tout cela à la fois et rien en même temps. Quand Alain Soral, Renaud Camus ou Robert Ménard restent figés dans leurs postures, le troll vagabonde.

Maintenant que le troll a balancé une à une ses boules puantes, il peut en faire la compilation en un livre qui devient aussitôt un succès d’édition. Et derechef les médias invitent le troll pour parler de son livre. Et plus on attaque le troll, plus on essaye de le pousser dans ses retranchements, plus il enfle et phagocyte. C’est l’implacable logique du troll, plus vous le combattez, plus il se renforce ; comme les menottes chinoises : plus vous tirez pour vous en défaire, plus elles vous enserrent.

La règle dans l’audiovisuel est la même que sur internet : don’t feed the troll.

Publié dans : Politique | le 11 octobre, 2014 |7 Commentaires »

LMPT & LA CONSPIRATION LGBT

pride
Le dimanche 5 octobre la "Manif Pour Tous" fait son come-back. La question de l’égalité devant le mariage n’est plus dans l’actualité et un récent sondage montre qu’une majorité de la population, même à droite, est hostile à tout retour en arrière. Alors quel est le sens de cette marche contre l’égalité ? La question du "mariage gay" a permis l’agrégation de forces réactionnaires dans un mouvement de protestation qui dépasse la simple question d’origine concernant un projet de loi. Désormais c’est contre un "changement civilisationnel" que se bat le conglomérat LMPT.

La peur et l’homophobie exsudent par tous les pores d’un mouvement qui cherche à rester "présentable" et dont la communication officielle est calibrée. Pour renverser l’accusation d’homophobie, LMPT dénonce la "familiphobie" de leurs opposants ce qui est proprement "insensé" puisqu’ils refusent précisément l’égale reconnaissance de toutes les familles. Les réseaux sociaux témoignent largement de la pensée réelle véhiculée dans les rangs LMPT. Une homophobie crasse, une peur panique et une paranoïa qui prend parfois des tours hallucinants.

La planète n’est pas envahie de petits hommes verts mais c’est bien pire : il y a le "puissant lobby LGBT".  Le fragile mouvement homosexuel des années 70 dont la chronique est plutôt celle de persécutions, s’est soudainement transformé en une pieuvre richissime et envahissante contrôlant médias, multinationales et pouvoir politique. Une camarilla malfaisante dont un jour on trouvera bien une sorte de "Protocole des sages de Sion". Les études de genre se voient ainsi transformées en "théorie du genre" visant à transformer les petits garçons en petites filles et vice-versa. À l’école on ne fait pas que vouloir embrouiller les esprits avec un "ABC de l’égalité", sur ordre d’une ministre à la solde de l’étranger musulman on oblige des petits garçons pré-pubères à devenir homosexuels. Sur certains blogs délirants on va encore plus loin dans la description apocalyptique d’un complot visant à détruire un "ordre naturel" fantasmé ou une religion blasphémée. 

À lire ces délires on pense au procès des Templiers et à leurs rites secrets supposés mêlant hérésie et sodomie. Une société secrète que Philippe Le Bel n’aurait pas éradiqué et qui réapparaitrait de nos jours pour nous obliger à aimer charnellement nos semblables et acheter des bébés dans le catalogue de la Redoute.

Des hordes venues du moyen-âge vont donc battre le pavé parisien ce dimanche pour conjurer la fin du monde et les feux de la Géhenne. Dans le même temps, en réaction à la manif de la haine, un rassemblement est appelé à 11H de "toutes les familles" pour l’égalité place de la République. La République, tout un symbole ! En même temps pour les conspirationnistes de toutes sacristies, c’est non loin du Carreau du Temple..

Publié dans : Gay, Politique, Société | le 4 octobre, 2014 |2 Commentaires »

RETOUR EN GRÂCE D’ALAN TURING

turing 2014
Logo de 2014 Année Turing.

Tout le monde ou presque connait désormais Alan Turing, le mathématicien génial qui a cassé le code de l’Enigma, la machine de cryptage allemande, pendant la seconde guerre mondiale et dont les travaux sont considérés comme précurseurs de l’intelligence artificielle (test de Turing) et de l’informatique (machine de Turing). Il ne faisait pas mystère de son homosexualité et en 1952 il sera condamné pour "indécence manifeste" selon les lois britanniques de l’époque. Condamné à une peine de prison ou une castration chimique, il préféra cette dernière pour poursuivre ses recherches. Surveillé étroitement par la police en pleine guerre froide et atteint physiquement par le traitement chimique, il s’est suicidé en 1954 en croquant une pomme empoisonnée au cyanure, il avait 41 ans. Son décès avec une pomme croquée a donné lieu à une légende urbaine : le logo d’Apple aurait été choisi en référence à Turing. Légende que l’on trouve encore dans certains ouvrages mais qui a été démentie par le créateur du logo (le premier logo faisait référence à Isaac Newton, qui s’était pris une pomme sur la poire), mais il est vrai que la firme de Cupertino a longtemps laissé dire…

Si les travaux de Turing n’avaient pas été interrompus si brutalement, qui sait quels progrès aurait fait l’informatique dans la seconde moitié du vingtième siècle ? En son hommage, depuis 1966 est attribué chaque année un "prix Turing", sorte de Nobel de l’informatique, par l’ACM (Association for computing machinery) à une personne ou un groupe de personnes ayant apporté une contribution technique majeure en informatique. Notons qu’un seul français, Joseph Sifakis, a obtenu ce prix (en commun avec deux américains) en 2008. La mobilisation de nombreux scientifiques, suivie du dépôt d’une pétition de 37 405 signatures, a permis d’aboutir en 2009 aux "regrets" du gouvernement britannique puis en 2013 à une réhabilitation en forme de "royal pardon". Après 2012, pour le centenaire de sa naissance c’est désormais 2014 qui est une « année Turing » pour les 60 ans de sa disparition. De nombreuses initiatives sont prises dans différents pays pour saluer la mémoire de Turing et souligner son apport scientifique. Le lecteur pourra utilement se reporter au site www.turingcentenary.eu (et au compte twitter associé @AlanTuringYear).

Pour couronner cette année Turing, un film biographique (un biopic comme on dit) va sortir en salle : "Imitation Game". La bande annonce est prometteuse (voir la bande annonce en VOST) mais il faudra patienter : si le film sort en octobre aux USA et en novembre au Royaume-Uni, en Italie ou au Portugal, il ne sortira en France… que le 28 janvier 2015. Il y a sûrement de bonnes raisons pour cette chronologie de diffusion mais elle échappe un peu à mon entendement. L’année Turing 2014 s’achèvera donc, ici, en 2015. 

Le film est basé sur la riche biographie écrite par Andrew Hodges dont la toute première version (anglaise) date de 1983 et dont la version française chez Payot porte le titre de "Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence" (on perd au passage le double sens du titre anglais "Alan Turing : The Enigma"). J’avais lu cette biographie il y a longtemps, à une époque où Turing était largement méconnu en dehors de cercles restreints de mathématiciens. Je découvrais alors un chercheur génial et visionnaire ainsi qu’un contexte pesant et dramatique : le secret militaire, la répression de l’homosexualité et la fin tragique en clin d’œil à Blanche Neige avec une pomme empoisonnée mais avec nul Prince Charmant à la fin. Andrew Hodges est lui-même mathématicien et homosexuel, il voue une passion à Turing et il a collecté de nombreuses photos et recueilli de nombreux témoignages et anecdotes. Sa volumineuse biographie fait toujours référence aujourd’hui et ses travaux ont rendu indissociables l’hommage au génie de Turing et la dénonciation du sort fait aux homosexuels en Angleterre, même après l’ère victorienne en ces années d’après-guerre.

Ce destin hors du commun méritait de sortir du simple cadre de conférences ou de documentaires pour en faire un film grand public. C’est maintenant chose faite et j’en attends fébrilement la sortie…

Publié dans : Divers, Gay, Société | le 28 septembre, 2014 |Pas de Commentaires »

ZEFESTIVAL

zefestival
Promotion amicale pour le festival du film LGBT de la région PACA.

Lien : http://lgbt.zefestival.fr/

Publié dans : Gay | le 27 septembre, 2014 |Pas de Commentaires »

XAVIER DOLAN EN FAIT TROP

dolan 

Le chouchou du cinéma québécois a créé récemment la polémique en refusant la Queer Palm et en déclarant "Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghettoïssantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas en avoir".

La pertinence d’un prix comme la Queer Palm à Cannes, peut se discuter, mais c’est la violence du propos qui a surtout fait réagir. La pertinence c’est de savoir si aujourd’hui, en 2014, il est encore nécessaire de mettre en lumière la thématique LGBT à travers des prix pour le cinéma, les romans etc. ou des initiatives comme les Gay Games pour le domaine du sport. En fait, poser la question c’est déjà un peu y répondre, l’homophobie n’étant pas un vain mot et mettre en lumière ce qui reste encore dans l’ombre n’est sans doute pas inutile. La critique concernant la "ghettoïsation" est légitime et chaque initiative s’attache en principe au sujet et non à l’auteur. C’est la thématique qui est soulignée plus qu’un hypothétique "film gay" et surtout pas un "cinéaste gay", mais cette précaution échappe parfois aux contempteurs.  Si Xavier Dolan avait réagi avec tempérance pour refuser un prix dont il ne voyait pas l’utilité ou par rejet d’une étiquette, sa déclaration serait presque passée inaperçue ; mais Xavier Dolan n’est pas un adepte de la tempérance et lancé par une question très orientée il a répondu avec vivacité et surtout un certain mépris d’enfant gâté.

Certains ont réagi en sa faveur comme le soutien dispensable de Renaud Camus ou mieux avisée et plus drôle la réaction de Christine Le Doaré : l’ancienne présidente du centre LGBT de Paris ayant elle-même été juré de prix plutôt confidentiels et militants, se lasse d’avoir surtout vu des "daubes" à récompenser, tout ne mérite de sortir de l’ombre pour la cause homosexuelle. A l’opposé, la réaction de Didier Lestrade fondateur de Têtu se veut d’une égale violence (lui non plus n’est pas un adepte de la tempérance) estimant que Xavier Dolan trahit le public auquel il doit son succès, "S’il ne voulait pas être étiqueté, il n’avait qu’à faire son premier film sur des sauterelles !", égratignant au passage Pedro Almodovar, François Ozon ou Christophe Honoré pour avoir renié leur identité une fois le succès obtenu en dehors des festivals LGBT.  Mais la réponse de Lestrade est trop épidermique pour être efficace, la réponse sur le fond la plus complète et la plus probante est celle de Romain Vallet (lire ici).

Maintenant que le soufflé retombe, Xavier Dolan prend ses aises dans la dernière livraison du magazine Têtu ("Je suis amoureux"). Est-ce moins ghettoïsant que de recevoir une récompense pour son travail têtu ?

Publié dans : Gay | le 26 septembre, 2014 |3 Commentaires »

POLITIQUE HORS-SOL

hors sol
 
Quand on a une haute idée de la politique on garde l’image de militants dévoués à la cause qu’ils défendent, souvent au détriment de leur confort personnel, parfois au risque de leur liberté voire de leur vie. Et les quelques inévitables brebis galeuses ne ternissent pas la multitude de ceux qui servent la res publica, la chose publique qui nous est commune.

Ces dernières années, les "affaires" se sont répétées et à l’heure d’internet, le vrai comme le faux sont multipliés mécaniquement au point d’inverser la perspective, le militant désintéressé faisant figure d’exception au sein d’une classe politique largement
déconsidérée. Avant c’était facile grâce à une certaine dose de manichéisme : la droite était corrompue par nature et la gauche vertueuse par idéal. Mais la chronique s’accommode mal du manichéisme et la gauche au pouvoir donne à voir parfois un triste spectacle avec l’arrivée d’une élite curieuse, celle de politiques élevés "hors-sol". Comme les tomates hydroponiques qui n’ont jamais goûté la vraie terre, ces nouveaux politiques ont le cerveau irrigué artificiellement sans jamais avoir connu la vraie vie.

Le trio de tête de ces nouveaux politiques déconnectés du réel s’appellent Jérôme Cahuzac, Thomas Thévenoud ou Aquilino Morelle. Un ministre du budget qui pourfend les fraudeurs alors que lui-même planque un magot en Suisse ou à Singapour, quelles sont les étranges idées qui lui passent par la tête ? Lorsqu’il jure devant la représentation nationale que tout ce que l’on dit est faux puis est obligé de reconnaître la vérité avant de démissionner, à quoi pense-t-il ? Le bref secrétaire d’État au commerce extérieur qui a fait partie de la commission d’enquête sur le premier et qui lui-même oublie de payer ses impôts, son loyer et son électricité, à quoi pense-t-il ? Qu’il est au-dessus du commun ? Et sa pitoyable explication d’une phobie administrative jetée à la face de ceux qui ploient sous la charge des contingences administratives ordinaires, peut-il imaginer une seconde qu’elle puisse rencontrer la moindre compréhension, la moindre empathie ?

Dernier en date, le petit marquis des salons élyséens, qui ne voyait pas le conflit d’intérêt en ayant conseillé des laboratoires pharmaceutiques tout en exerçant à l’IGAS et qui réservait un salon du palais pour se faire cirer les pompes… Il a été viré comme un malpropre et son égo en a pris un coup. Là où un homme politique aurait eu une attitude en retrait pour continuer à œuvrer pour son idéal sans nuire à son camp, lui décide de se venger et de torpiller Hollande dans des interviews bien calibrés dans un "plan com". Quitte à couler, il agrippe ses voisins pour les entraîner dans sa chute de la même manière qu’une maîtresse déchue ferait un livre pour prendre la Nation à témoin de ses infortunes sentimentales avec le Président.

S’il n’y avait qu’un seul cas qui défraye la chronique, on pourrait se dire comme d’autres "mais il est fou !". Hélas la loi des séries ne se satisfait pas de l’explication d’une folie singulière. Non, c’est le portrait d’une classe politique hors-sol qui nous est donné. On est loin du temps où un cheminot syndicaliste, devenu premier ministre et dont l’honneur était écorné pour avoir simplement accepté un prêt sans intérêt pour
acheter un appartement, se tire une balle dans la tête. Aujourd’hui des êtres étranges dont la morale et la conviction viennent d’une autre planète veulent nous faire la leçon en s’exonérant eux-mêmes des règles qu’ils professent semblant croire que leur fonction pour le bien public les autorise au mal privé.

La République exemplaire promise par François Hollande ne pourra pas se construire en puisant ses parangons dans une caste imbue et déconnectée. Et même avec un cerveau brillant et un CV long comme le bras, un politique doit d’abord apprendre à vivre la vie qu’il veut réformer.

Publié dans : Politique | le 24 septembre, 2014 |Pas de Commentaires »
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