Archive pour la catégorie 'Société'

RETOUR À DUVERT

duvert
Portrait de Tony Duvert (site des Editions de Minuit).

En août 2008, la presse mentionnait un fait divers : le corps décédé de l’écrivain Tony Duvert avait été trouvé à son domicile, dans un petit village de Touraine où il vivait reclus. Il était mort depuis plusieurs semaines quand on l’a trouvé. Cette fin misérable d’un oublié est pourtant celle de celui qui avait pourtant été un écrivain célèbre, titulaire du Prix Médicis en 1973 pour « Paysage de fantaisie ». Un écrivain talentueux et scandaleux. Sa verve, son style et son talent polémiste faisaient merveille même si sa défense de la pédophilie, à restituer dans le contexte des années 70, lui conférait une aura sulfureuse. Discret, asocial, misanthrope et fuyant toute exposition médiatique, il finit par disparaître pour de bon après un ultime ouvrage, l’Abécédaire malveillant en 1989 et on entendit plus parler de lui jusqu’à cette macabre découverte de 2008.

Dans ma jeunesse révoltée, les romans et essais de Tony Duvert m’avaient transportés. J’y puisais une énergie, une soif de vivre mon homosexualité sans concession et une estime de soi que d’autres, plus connus (Jean-Louis Bory) ou plus théoriciens (Guy Hocquenghem), ne parvenaient pas à égaler. Et même si sa défense d’une érotique puérile m’était étrangère, sa parole m’était précieuse. Aussi, quand après la découverte de son corps dans la petite maison de Thoré-la-Rochette, Gilles Sebhan publia en 2010 Tony Duvert, l’enfant silencieux, je me jetais sur cette « résurgence biographique » afin d’en connaître un peu plus sur l’écrivain que j’avais adulé autrefois. L’ouvrage avait un goût de « trop peu », un je-ne-sais-quoi à côté de son sujet. Il était sans doute difficile de revenir en arrière et de faire appréhender un personnage qui n’aurait plus droit de cité aujourd’hui. J’ai lu le livre de Sebhan avec intérêt mais je dois avouer l’avoir oublié une fois refermé et rangé sur une étagère.

Mais l’auteur conscient de ses propres autocensures et ayant progressé dans sa recherche de témoignages et de matériau biographique revient aujourd’hui avec un nouvel opus : Retour à Duvert (édition Le Dilettante). Cette fois le sujet prend forme et vie : le mystérieux Tony Duvert s’anime, s’exprime et l’homme secret se dévoile au fur et à mesure de la narration de Sebhan. Des aspects que je connaissais et d’autres que je découvre et qui dressent un portrait d’un homme parfois attachant et touchant, parfois agaçant ou détestable mais toujours « ailleurs » vivant à l’écart d’un monde qui n’est pas le sien. Une fuite des autres et de lui-même qui ne peut qu’aboutir à la fin que l’on connaît, abandonné et oublié.

Si je connaissais le nom de quelques rares personnes ayant côtoyé Duvert (René Schérer entre-autres), je découvre enfin des témoins importants comme son frère et quelques un de ses amis qui lèvent le voile sur le mystère Duvert.

Le hasard de l’existence m’a fait vivre quelques temps à Tours quand Tony Duvert y habitait. Je connaissais son adresse rue Bretonneau (à côté du local du PCF, qui y est toujours), elle m’avait été soufflée par quelques rares privilégiés qui l’avaient approché et que j’enviais. Ceux-ci me racontaient ses colères brusques, ses provocations lors de dîners où la conversation ne l’intéressait plus, le goût du piano ou des chats… Je rêvais moi-aussi de rencontrer Duvert. A l’occasion d’une pétition pour l’abrogation des articles discriminatoires du Code Pénal à l’égard de l’homosexualité que nous faisions signer avant l’élection présidentielle de 1981, j’avais été furtivement rue Bretonneau glisser dans sa boîte aux lettres la pétition accompagnée d’un bref petit mot pour espérer son engagement. Quelques jours plus tard je recevais en retour la pétition signée, sans mot joint il me semble.

Un soir, passé comme à l’habitude dans un bar de place Plumereau, j’allais payer mes consommations au comptoir sans prêter attention au client un peu quelconque qui me cédait la place. Sur le comptoir je regardais machinalement le chèque qu’il avait laissé, je lu alors le nom de Tony Duvert. Je me retournais mais il était trop tard, je l’avais loupé… Sinon, qu’aurais-je bien pu lui dire qui n’ait pas été la maladresse d’une groupie ?

Publié dans:Gay, Livre, Société |on 24 octobre, 2015 |5 Commentaires »

LE LOBBY GAY EST DE RETOUR

puissant lobby
 

Quand on traîne ses guêtres sur les réseaux sociaux on apprend qu’il existe un « puissant lobby gay » ou sa variante plus universaliste le « puissant lobby LGBT ». Avant il existait des groupes militants, composés d’une poignée de volontaires qui affrontaient l’adversité et tentaient de faire connaître leurs opinions à la face du monde dans l’espoir de faire bouger les lignes. Et leur seule puissance était celle du verbe. Depuis la croisade de la Manif Pour Tous on a vu apparaître la main cachée : le puissant lobby gay qui œuvre dans l’ombre. Pas un lobby au sens exact, mais une sorte de confrérie secrète impalpable qui dicterait ses consignes aux médias qu’il noyauterait de toutes parts, placerait ses hommes et ses femmes aux postes clefs de la République et des principales entreprises, et ferait plier les politiques sous ses efficaces menaces.

On pourrait hausser les épaules devant cette fable. D’autant plus qu’ayant connu de facto le difficile chemin de la minorité sociale à la reconnaissance de droits égaux, l’on sait ce que cette fadaise a d’insultant pour tant de vies brisées par l’ostracisme. Mais cet argument magique n’est pas seulement porté par la mode des conspirations en tous genres où le meyssanisme est le nouveau messianisme ; il est aussi une résurgence de l’esprit réactionnaire d’avant-guerre, où juifs, communistes, francs-maçons étaient dépeints comme une cinquième colonne antinationale agissant dans l’ombre, insaisissable et gangrénant le pays… Ou plus avant encore, l’offensive des bellicistes prussiens contre la « Table de Liebenberg » qui déclencha l’affaire Harden-Eulenburg

L’indigence intellectuelle de ceux qui imaginent un lobby gay invisible et tout-puissant est un symptôme inquiétant dans un monde instable, terrorisé, où les notions mêmes de démocratie, de laïcité, du vivre ensemble semblent moins partagées qu’hier et constamment interrogées dans une confusion des esprits qui fait craindre pour l’avenir.

Par un singulier retournement, le coming-out de personnalités n’est plus seulement un abandon d’hypocrisie ou un simple acte de vérité, cela devient aussi la preuve d’une sorte d’impérialisme homosexuel ; des animateurs TV : c’est bien la preuve que les médias sont aux mains de la camarilla du Marais, le patron d’Apple : c’est bien la preuve que les dollars coulent à flots pour favoriser le mariage gay aux USA, des maires de grandes villes : c’est nécessairement une pluie de subventions indues à des associations impies et « communautaristes », etc.

Somme toute cette fadaise de lobby gay n’est pas drôle. Elle est l’un des signes, parmi d’autres, d’une crise de la représentation politique où ce qui est fait est de moins en moins ressenti comme l’expression de la volonté assumée de représentants ; les volitions apparaissent de plus en plus comme les conséquences d’obscurs jeux de circonstances et de pouvoirs. Dans cette perte de citoyenneté il y a tout à craindre pour l’avenir.

Publié dans:Gay, Politique, Société |on 5 avril, 2015 |4 Commentaires »

COMING-IN

comingin
 

Un documentaire est en cours de montage pour être diffusé par la chaîne Public Sénat le 17 mai 2015, journée mondiale de lutte contre l’homophobie avant de partir dans différents festivals. Son titre provisoire est « COMING IN », il traite des homos dans le monde du travail des années 50 à nos jours. Pour la 1ère fois, la question du travail sera abordée de l’intérieur à travers le témoignage de 9 personnages, lesbiennes ou gays, racontant leur vie au travail mais aussi leurs luttes militantes de l’après-guerre à nos jours.

Pour permettre de boucler le financement du film, en particulier en achetant des archives INA et pour boucler la post-production, une campagne de financement participatif a été lancée sur le site Ulule.

Les campagnes de crowdfunding sont légion et restent difficiles à mener jusqu’au bout. Votre soutien et vos partages seront donc d’une grande aide :

http://fr.ulule.com/coming-in/

https://www.facebook.com/cominginledoc

Publié dans:Divers, Gay, Société, Syndicalisme |on 16 mars, 2015 |1 Commentaire »

MARCHE RÉPUBLICAINE

manif charlie
 

Après le carnage terroriste à Charlie-Hebdo et les morts lors de l’attaque de l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes, l’appel à l’unité nationale s’est conclu par la journée historique de manifestations du 11 janvier. Plus d’une quarantaine de chefs d’État et de gouvernements étaient présents à Paris pour la marche républicaine. La dignité des cortèges, la foule immense partout en France, l’absence d’incidents et la retenue témoignent de ce sursaut national face à la barbarie.

Unité nationale ? Tout le monde ne comprend pas ce dont il s’agit et le hastag #JeSuisCharlie est parfois pris pour ce qu’il ne signifie pas. Il ne s’agissait pas d’approuver la ligne éditoriale de l’hebdomadaire mais de dire que nous sommes tous concernés par la liberté d’expression et la liberté de la presse. Le choix d’un magasin casher par l’un des terroristes donne également une dimension plus large au drame qui s’est déroulé avec l’antisémitisme en toile de fond. Face à ce drame il fallait faire montre de détermination et d’unité et taire – un moment – ce qui nous divise. Ce moment de décence n’a pas été respecté par tous. Il y a eu bien sûr, ça et là, des récupérations politiques… Au-delà du FN, il y a tous ceux et celles (comme Valérie Précresse par exemple) qui nous donnent les conseils que nous ne leur avons pas demandés et distribuent bons et mauvais points pendant le recueillement de la nation. Il y a eu sur les réseaux sociaux tous les distributeurs de bémols, ceux qui veulent bien manifester mais pas avec tout le monde, qui auraient souhaité un peu moins d’unité ou un peu moins de national, ceux qui estiment que « l’esprit Charlie » devrait servir de sésame et en excluent les autres (les faux-culs).

La présence des chefs d’État et chefs de gouvernement au défilé parisien illustre la dialectique entre la symbolique et la réalité politique. Le symbole c’est celui de l’expression d’une solidarité internationale face au terrorisme et c’est un symbole fort. Le hiatus qui
n’échappe à personne, c’est que plusieurs de ces VIP foulent aux pieds la liberté de presse (entre autres) dans leur propre pays. Lors d’une journée comme celle du 11 janvier c’est évidemment le symbole qui prime. La politique, au sens noble, reprend ses droits ensuite. Nous ne sommes pas des buses, nous savons bien que les dirigeants qui défilaient aux côtés de Hollande n’étaient pas tous des parangons de la liberté. Mais voilà, pour certains c’est plus fort qu’eux, il faut qu’ils la ramènent le jour même. Edwy Plénel en chef de file…

Dans le flot d’émotions de cette journée, nous n’échappons pas non plus à la concurrence victimaire. Derrière le « nous sommes toutes les victimes » on entends les petites voix qui mettent en avant leur propre catégorie, journaliste, policier, juif ou musulman. Mais heureusement la multiplicité de ces voix donnent un chant choral : nous sommes tous toutes les victimes, pas plus l’une que l’autre. Et fort heureusement, partis et syndicats se sont abstenus de mettre en avant l’engagement de tel ou tel en leur sein. Lors du défilé, la consigne « ni sigle sur les banderoles, ni drapeau » a été plutôt bien respectée (à l’exception des syndicats de journalistes pour des raisons que l’on peut comprendre).

Les complotistes ont été inaudibles mais ils se rattraperont dans les jours qui viennent. Une mention spéciale pour Thierry Meyssan, vendeur de complots en tous genres, qui voit déjà la main de Washington et de Tel Aviv derrière les évènements tragiques.

La journée du 11 janvier est un début. Il y a beaucoup de leçons à tirer des événements. Pas seulement en termes de sécurité et de renseignements, mais en termes politiques du vivre ensemble que nous voulons construire. De la notion indivisible de liberté d’expression aussi. Certaines expressions sur les provocations de Charlie Hebdo, en particulier chez les jeunes, montrent que la pédagogie sur les concepts de liberté et de laïcité est un enjeu majeur, non seulement aujourd’hui à la lumière de l’actualité, mais aussi pour demain et le devenir des générations futures.

Demain est un autre jour.

Publié dans:Politique, Société |on 11 janvier, 2015 |1 Commentaire »

CHARLIE HEBDO

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Le chagrin et l’écœurement après le drame de Charlie-Hebdo. La colère aussi.

La liberté de presse est un bien trop précieux pour ne pas la défendre bec et ongles face à tous les obscurantismes.

Oui, je suis Charlie.

Publié dans:Politique, Société |on 9 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

PRIDE

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Le film PRIDE sorti en France en septembre 2014, est rapidement devenu le "film gay" de l’année. Ce film touchant, drôle et émouvant est basé sur l’histoire vraie et peu connue d’un groupe de jeunes homosexuels et lesbiennes se mobilisant pour apporter un soutien financier aux mineurs en grève sous Thatcher. Après des incompréhensions réciproques, les gays ne comprenant pas pourquoi il faudrait soutenir des mineurs réputés homophobes et les mineurs hostiles à ce soutien inhabituel, les deux « clans réprouvés »; apprennent à se connaître et, symbole de cette « jonction », des délégations de mineurs ont ouvert la marche de la Gay Pride londonienne de 1985.

Le film est centré sur le petit groupe emmené par le jeune activiste Mark Ashton et le contexte du climat militant du début des années 80. La conscience politique, le disco, l’apparition du SIDA, la majorité sexuelle à 21 ans pour les homosexuels et l’exclusion sociale forment la trame de fond. Le jeu et le dynamisme communicatif des acteurs nous font entrer facilement dans cette histoire pleine de bons sentiments. Malgré sa trame militante, le film reste une comédie, ce parti pris peut parfois faire douter sur ce qui est tiré du réel et ce qui est une fantaisie scénaristique. Cette qualité du film est aussi son défaut, il donne à voir sans expliquer. Si l’attitude des mineurs du village gallois choisit par le groupe Lesbiennes et Gays en Soutien aux Mineurs, passant de l’hostilité à l’amitié, traverse le film, on ne saura rien du revirement du syndicat national des mineurs passant du rejet au soutien de la cause LGBT. Seuls les caractères principaux sont réellement traités. Le film parvient à égrener au long de sa narration différents aspects comme le « coming out » familial, les agressions homophobes, la découverte de sa séropositivité, l’homosexualité cachée en zone rurale etc. La longue grève historique des mineurs et la reprise du travail « tête haute », mais défaits, aurait mérité sans doute un peu plus de développement pour les jeunes générations qui n’ont vécu les années Thatcher.

Mais ne boudons pas notre plaisir, ce film « social » qui alterne rires et larmes est une pépite
qui donne à réfléchir en contraste avec notre propre époque. Et pour rappeler que beaucoup de scènes sont authentiques, le générique de fin rappelle quelques éléments historiques et renseigne sur le devenir des personnages réels ayant inspiré le film. En particulier sur le sort tragique du lumineux Mark Ashton décédé quelques jours après avoir appris sa séropositivité, il avait 26 ans…

Publié dans:Gay, Politique, Société, Syndicalisme |on 28 décembre, 2014 |Pas de commentaires »

LA PISSOTIÈRE & LE SEXTOY

Plug 

Le temps d’un week-end l’internet bruisse sur ce genre d’affaires que les réseaux sociaux affectionnent : le dégonflage de l’œuvre de Paul Mc Carthy place Vendôme…

C’est que le sapin gonflable de l’artiste évoque nettement un buttplug (un « plug anal » pour les amateurs de traduction semi-française). Voilà donc une provocation et un « sapin moche » (dixit Le Figaro)… Le sapin est dégonflé et l’artiste giflé par inconnu renonce à le réinstaller. Le bon goût est peut être sauvé mais la liberté artistique est foulée aux pieds.

La provocation ? J’ignorais que tant de gens savaient reconnaître un plug au premier coup d’œil. L’assimilation entre ce plug vert et la forme du sapin est-elle plus incompréhensible ou moins artistique que le concept de l’urinoir renversé (la « Fontaine ») de Marcel Duchamp en 1917 dont une réplique de 1964 est à Beaubourg ? Mc Carthy n’est pas Duchamp, mais il est ironique de constater que l’œuvre de Duchamp considérée comme la « plus controversée » du siècle dernier est aujourd’hui une œuvre reconnue, passée à la postérité et qui a sa propre page sur Wikipédia.

On peut ne pas aimer le sapin de Mc Carthy, ne pas comprendre la démarche de l’artiste… mais au point de se réjouir d’une destruction et d’une agression ? Les commentaires qui prétendent distinguer le « vrai art » du faux, ne rappellent-ils pas ceux qui fustigeaient hier l’art « dégénéré ». Détruire une œuvre c’est comme brûler un livre, c’est un acte effrayant.

En 2008 une polémique avait brièvement agité les gazettes suite à l’exposition d’œuvres de Jeff Koons dans le Château de Versailles. Personnellement, je n’étais pas du tout convaincu de l’adéquation du lieu pour mettre en scène les créations de Koons, mais si la poignée de manifestants qui voyaient là une offense à Marie-Antoinette (véridique) avait saccagé l’installation, j’aurais défendu sans retenue la liberté artistique.

Il y a une petite France rance qui exprime ses peurs et ses rejets par hoquets. Ne la laissons pas grandir.

Publié dans:Divers, Politique, Société |on 19 octobre, 2014 |4 Commentaires »

LMPT & LA CONSPIRATION LGBT

pride
Le dimanche 5 octobre la "Manif Pour Tous" fait son come-back. La question de l’égalité devant le mariage n’est plus dans l’actualité et un récent sondage montre qu’une majorité de la population, même à droite, est hostile à tout retour en arrière. Alors quel est le sens de cette marche contre l’égalité ? La question du "mariage gay" a permis l’agrégation de forces réactionnaires dans un mouvement de protestation qui dépasse la simple question d’origine concernant un projet de loi. Désormais c’est contre un "changement civilisationnel" que se bat le conglomérat LMPT.

La peur et l’homophobie exsudent par tous les pores d’un mouvement qui cherche à rester "présentable" et dont la communication officielle est calibrée. Pour renverser l’accusation d’homophobie, LMPT dénonce la "familiphobie" de leurs opposants ce qui est proprement "insensé" puisqu’ils refusent précisément l’égale reconnaissance de toutes les familles. Les réseaux sociaux témoignent largement de la pensée réelle véhiculée dans les rangs LMPT. Une homophobie crasse, une peur panique et une paranoïa qui prend parfois des tours hallucinants.

La planète n’est pas envahie de petits hommes verts mais c’est bien pire : il y a le "puissant lobby LGBT".  Le fragile mouvement homosexuel des années 70 dont la chronique est plutôt celle de persécutions, s’est soudainement transformé en une pieuvre richissime et envahissante contrôlant médias, multinationales et pouvoir politique. Une camarilla malfaisante dont un jour on trouvera bien une sorte de "Protocole des sages de Sion". Les études de genre se voient ainsi transformées en "théorie du genre" visant à transformer les petits garçons en petites filles et vice-versa. À l’école on ne fait pas que vouloir embrouiller les esprits avec un "ABC de l’égalité", sur ordre d’une ministre à la solde de l’étranger musulman on oblige des petits garçons pré-pubères à devenir homosexuels. Sur certains blogs délirants on va encore plus loin dans la description apocalyptique d’un complot visant à détruire un "ordre naturel" fantasmé ou une religion blasphémée. 

À lire ces délires on pense au procès des Templiers et à leurs rites secrets supposés mêlant hérésie et sodomie. Une société secrète que Philippe Le Bel n’aurait pas éradiqué et qui réapparaitrait de nos jours pour nous obliger à aimer charnellement nos semblables et acheter des bébés dans le catalogue de la Redoute.

Des hordes venues du moyen-âge vont donc battre le pavé parisien ce dimanche pour conjurer la fin du monde et les feux de la Géhenne. Dans le même temps, en réaction à la manif de la haine, un rassemblement est appelé à 11H de "toutes les familles" pour l’égalité place de la République. La République, tout un symbole ! En même temps pour les conspirationnistes de toutes sacristies, c’est non loin du Carreau du Temple..

Publié dans:Gay, Politique, Société |on 4 octobre, 2014 |2 Commentaires »

RETOUR EN GRÂCE D’ALAN TURING

turing 2014
Logo de 2014 Année Turing.

Tout le monde ou presque connait désormais Alan Turing, le mathématicien génial qui a cassé le code de l’Enigma, la machine de cryptage allemande, pendant la seconde guerre mondiale et dont les travaux sont considérés comme précurseurs de l’intelligence artificielle (test de Turing) et de l’informatique (machine de Turing). Il ne faisait pas mystère de son homosexualité et en 1952 il sera condamné pour "indécence manifeste" selon les lois britanniques de l’époque. Condamné à une peine de prison ou une castration chimique, il préféra cette dernière pour poursuivre ses recherches. Surveillé étroitement par la police en pleine guerre froide et atteint physiquement par le traitement chimique, il s’est suicidé en 1954 en croquant une pomme empoisonnée au cyanure, il avait 41 ans. Son décès avec une pomme croquée a donné lieu à une légende urbaine : le logo d’Apple aurait été choisi en référence à Turing. Légende que l’on trouve encore dans certains ouvrages mais qui a été démentie par le créateur du logo (le premier logo faisait référence à Isaac Newton, qui s’était pris une pomme sur la poire), mais il est vrai que la firme de Cupertino a longtemps laissé dire…

Si les travaux de Turing n’avaient pas été interrompus si brutalement, qui sait quels progrès aurait fait l’informatique dans la seconde moitié du vingtième siècle ? En son hommage, depuis 1966 est attribué chaque année un "prix Turing", sorte de Nobel de l’informatique, par l’ACM (Association for computing machinery) à une personne ou un groupe de personnes ayant apporté une contribution technique majeure en informatique. Notons qu’un seul français, Joseph Sifakis, a obtenu ce prix (en commun avec deux américains) en 2008. La mobilisation de nombreux scientifiques, suivie du dépôt d’une pétition de 37 405 signatures, a permis d’aboutir en 2009 aux "regrets" du gouvernement britannique puis en 2013 à une réhabilitation en forme de "royal pardon". Après 2012, pour le centenaire de sa naissance c’est désormais 2014 qui est une « année Turing » pour les 60 ans de sa disparition. De nombreuses initiatives sont prises dans différents pays pour saluer la mémoire de Turing et souligner son apport scientifique. Le lecteur pourra utilement se reporter au site www.turingcentenary.eu (et au compte twitter associé @AlanTuringYear).

Pour couronner cette année Turing, un film biographique (un biopic comme on dit) va sortir en salle : "Imitation Game". La bande annonce est prometteuse (voir la bande annonce en VOST) mais il faudra patienter : si le film sort en octobre aux USA et en novembre au Royaume-Uni, en Italie ou au Portugal, il ne sortira en France… que le 28 janvier 2015. Il y a sûrement de bonnes raisons pour cette chronologie de diffusion mais elle échappe un peu à mon entendement. L’année Turing 2014 s’achèvera donc, ici, en 2015. 

Le film est basé sur la riche biographie écrite par Andrew Hodges dont la toute première version (anglaise) date de 1983 et dont la version française chez Payot porte le titre de "Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence" (on perd au passage le double sens du titre anglais "Alan Turing : The Enigma"). J’avais lu cette biographie il y a longtemps, à une époque où Turing était largement méconnu en dehors de cercles restreints de mathématiciens. Je découvrais alors un chercheur génial et visionnaire ainsi qu’un contexte pesant et dramatique : le secret militaire, la répression de l’homosexualité et la fin tragique en clin d’œil à Blanche Neige avec une pomme empoisonnée mais avec nul Prince Charmant à la fin. Andrew Hodges est lui-même mathématicien et homosexuel, il voue une passion à Turing et il a collecté de nombreuses photos et recueilli de nombreux témoignages et anecdotes. Sa volumineuse biographie fait toujours référence aujourd’hui et ses travaux ont rendu indissociables l’hommage au génie de Turing et la dénonciation du sort fait aux homosexuels en Angleterre, même après l’ère victorienne en ces années d’après-guerre.

Ce destin hors du commun méritait de sortir du simple cadre de conférences ou de documentaires pour en faire un film grand public. C’est maintenant chose faite et j’en attends fébrilement la sortie…

Publié dans:Divers, Gay, Société |on 28 septembre, 2014 |Pas de commentaires »

NON MERCI…

Trierweiler

L’incroyable succès de vente du livre de Valérie Trierweiler, "Merci pour ce moment", laisse perplexe. Pouvait-il y avoir dans ce livre autre chose que les ragots people et la rancœur étalée d’une femme blessée ? La sortie opportune du livre ne permettait pas d’espérer y trouver du recul ou de la hauteur de vue. Après tout, une ancienne journaliste politique pouvait, au-delà de ses déboires sentimentaux, donner sa vision de l’envers du décor, de son rôle dans l’ombre du premier personnage de l’État. Pour en avoir le cœur net, je me suis donc imposé la lecture du brûlot de la dame.

Disons le tout de suite la lecture est fastidieuse tant le propos est répétitif. Hollande est un menteur, elle est amoureuse et malheureuse, elle avale des cachets, on la prend pour ce qu’elle n’est pas, elle est malheureuse, elle avale des cachets etc. Pour rompre la monotonie de cette répétition sans fin, elle la ponctue de flashbacks sur leur rencontre avant la présidentielle et tente toutes les dix pages de trouver une formule ("J’étais raide dingue de lui. Avec le temps, je devenais dingue et raide."), mais on se doute que le but de l’ouvrage n’était pas de devenir un monument de littérature.

Hollande n’a pas le beau rôle, on s’en doute, mais au point où en est sa cote de popularité, un peu plus, un peu moins cela peut nous laisser de marbre. Ce qui retient notre attention c’est son plaidoyer pro domo qui se révèle contre-productif. Elle essaye à travers son récit de changer l’image que l’on donne d’elle dans les médias. La démonstration est tellement pathétique qu’elle achève l’empathie que l’on pouvait avoir pour le personnage. On était prêt à la suivre sur la cruauté des médias, sur le poison des rumeurs qu’elle a eu à subir. Elle ne fait que dévoiler un personnage caractériel qui se défend de l’être, une enflure d’ego qui la pousse à toutes les gamineries pour éliminer ou narguer Ségolène Royal, à se pousser du coude pour jouer les premières dames (sans guillemets dans le texte). A passer son temps à avaler des cachets par poignées, à s’enfermer dans la salle de bains, à tomber dans les pommes et à s’offusquer quand Hollande ne rentre pas dans le jeu (quoi, il n’appelle pas le médecin ou les urgences ?). Autour d’elle tout le monde ment, Hollande bien sûr, les politiques, les journalistes, les officiers de sécurité (les "porteurs de croissants")… On croit qu’elle est une bourgeoise alors qu’elle est une pauvresse de la ZUP d’Angers avec son père qui a une jambe de bois, sa mère qui se saigne aux quatre veines et sa famille que Hollande trouve "pas jojo". Tandis que Gayet cette "actrice" pète dans la soie avec sa famille de bobos qui vivent dans les châteaux. Allez hop ! Elle reprend des cachets, maudit tout le monde, tapisse une pièce avec plein de photos de son ex-mari pour énerver Hollande, jure qu’elle n’est pas hystérique et reprend son récit…

Pour bien nous faire comprendre qu’elle n’est pas froide et hautaine et qu’elle est de gauche, elle nous narre ses bonnes œuvres de "première dame". Incapable de faire dans la retenue, elle nous délivre de longues tartines d’enfants condamnés par la maladie, de fillettes violées, de tessons de verre dans le vagin et autres détails scabreux dont l’énumération est sans doute censée nous tirer des larmes devant les belles actions de cette sainte femme qui n’hésite pas à faire des cartons à genoux dans les couloirs de l’Elysée. La démonstration est outrancière, elle en fait des tonnes, on croirait lire Paris-Match en attendant son tour chez le dentiste.

Elle estime, avec raison, qu’elle n’a jamais été "légitime" en tant que compagne du chef de l’État, que l’opinion l’a toujours vue comme une maîtresse voire une arriviste. Et au moment où elle fréquentait Michèle Obama, Hillary Clinton et d’autres, la voilà trompée et répudiée. Son égo qui n’est pas mince en prend un coup. Alors elle décide qu’après elle ce sera le déluge. Ce qui nous vaut cette prose de midinette pathétique. Espérons qu’elle ne nous gratifiera pas d’un deuxième opus…

Publié dans:Divers, Politique, Société |on 13 septembre, 2014 |2 Commentaires »
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