Archive pour la catégorie 'Politique'

LE LOBBY GAY EST DE RETOUR

puissant lobby
 

Quand on traîne ses guêtres sur les réseaux sociaux on apprend qu’il existe un « puissant lobby gay » ou sa variante plus universaliste le « puissant lobby LGBT ». Avant il existait des groupes militants, composés d’une poignée de volontaires qui affrontaient l’adversité et tentaient de faire connaître leurs opinions à la face du monde dans l’espoir de faire bouger les lignes. Et leur seule puissance était celle du verbe. Depuis la croisade de la Manif Pour Tous on a vu apparaître la main cachée : le puissant lobby gay qui œuvre dans l’ombre. Pas un lobby au sens exact, mais une sorte de confrérie secrète impalpable qui dicterait ses consignes aux médias qu’il noyauterait de toutes parts, placerait ses hommes et ses femmes aux postes clefs de la République et des principales entreprises, et ferait plier les politiques sous ses efficaces menaces.

On pourrait hausser les épaules devant cette fable. D’autant plus qu’ayant connu de facto le difficile chemin de la minorité sociale à la reconnaissance de droits égaux, l’on sait ce que cette fadaise a d’insultant pour tant de vies brisées par l’ostracisme. Mais cet argument magique n’est pas seulement porté par la mode des conspirations en tous genres où le meyssanisme est le nouveau messianisme ; il est aussi une résurgence de l’esprit réactionnaire d’avant-guerre, où juifs, communistes, francs-maçons étaient dépeints comme une cinquième colonne antinationale agissant dans l’ombre, insaisissable et gangrénant le pays… Ou plus avant encore, l’offensive des bellicistes prussiens contre la « Table de Liebenberg » qui déclencha l’affaire Harden-Eulenburg

L’indigence intellectuelle de ceux qui imaginent un lobby gay invisible et tout-puissant est un symptôme inquiétant dans un monde instable, terrorisé, où les notions mêmes de démocratie, de laïcité, du vivre ensemble semblent moins partagées qu’hier et constamment interrogées dans une confusion des esprits qui fait craindre pour l’avenir.

Par un singulier retournement, le coming-out de personnalités n’est plus seulement un abandon d’hypocrisie ou un simple acte de vérité, cela devient aussi la preuve d’une sorte d’impérialisme homosexuel ; des animateurs TV : c’est bien la preuve que les médias sont aux mains de la camarilla du Marais, le patron d’Apple : c’est bien la preuve que les dollars coulent à flots pour favoriser le mariage gay aux USA, des maires de grandes villes : c’est nécessairement une pluie de subventions indues à des associations impies et « communautaristes », etc.

Somme toute cette fadaise de lobby gay n’est pas drôle. Elle est l’un des signes, parmi d’autres, d’une crise de la représentation politique où ce qui est fait est de moins en moins ressenti comme l’expression de la volonté assumée de représentants ; les volitions apparaissent de plus en plus comme les conséquences d’obscurs jeux de circonstances et de pouvoirs. Dans cette perte de citoyenneté il y a tout à craindre pour l’avenir.

Publié dans:Gay, Politique, Société |on 5 avril, 2015 |4 Commentaires »

DE QUOI MATHIEU GALLET EST-IL LE NOM ?

Radio-France 

La crise sociale très longue que traverse Radio France, porte-t-elle le nom de Mathieu Gallet ? Le jeune patron à belle gueule dont une motion défiance vient de réclamer le départ est-il donc la source de tous les maux ? Son arrogance, sa communication aléatoire et les annonces du Canard Enchaîné sur le coût du réaménagement de son bureau (décidé avent son arrivée) n’ont guère facilité la tâche du PDG. Les infos distillées par le Canard sont d’autant plus exaspérantes pour les salariés que les travaux de réhabilitation de la « maison ronde » ont commencé en 2006 et après des surcoûts exorbitants (malfaçons, incendies, erreurs), il n’est pas prévu qu’ils se terminent avant 2018… Mais ce que ne voient pas les commentateurs du café du commerce c’est que la crise de l’audiovisuel public a commencé bien avant l’arrivée de Mathieu Gallet. 

Rappelons aux oublieux que si son prédécesseur, Jean-Luc Hees a été nommé directement par Sarkozy, Mathieu Gallet a été nommé par le CSA. Auparavant il dirigeait l’INA qui fut la première entreprise de l’audiovisuel public a conclure un accord d’entreprise en substitution des accords précédents tombés suite à la loi Sarkozy… Autant dire qu’il n’arrivait pas par hasard à la tête de Radio-France et qu’il ignorait pas la situation. Seulement voilà, la tutelle, c’est à dire le Ministère de la Culture et de la Communication doit signer un COM avant l’été (contrat d’objectifs et de moyens) avec une économie de 50 milliards d’euros à réaliser. Cette économie se fait principalement au détriment de l’emploi (entre 300 et 400 départs volontaires prévus, voire plus…). Et il y a l’épineux problème des deux orchestres (plus chœur, plus maîtrise) à régler…


Avant de se focaliser sur la personnalité controversée de son PDG, le premier appel à la grève (le 12 mars) était naturellement sur le sous-financement scandaleux de l’audiovisuel public. Mais voilà qu’il y a beaucoup de bonnes fées qui jouent leur partition au chevet du malade : Fleur Pellerin « convoque » par deux fois Mathieu Gallet pour qu’il expose son projet d’entreprise. Mais la ministre ne changera pas le Président : d’abord parce que ce n’est pas dans ses attributions (c’est le CSA qui le peut), ensuite parce que le président « cramé » est bien utile pour conduire les aménagements saignants et finir « carbonisé », on pourra le changer quand il aura fini la basse besogne que personne ne veut assumer. Les présidents des commissions Culture de l’Assemblée Nationale et du Sénat donnent de la voix. Patrick Bloche (PS) pour l’A.N. aime bien jouer au ministre-bis de la Culture et l’occasion lui offre un beau terrain de jeu. Il reçoit l’intersyndicale avec toute la componction requise. Catherine Morin-Dessailly (UDI) pour le Sénat est plus gênée aux entournures : Mathieu Gallet (droite) désigné par le CSA (présidé par Olivier Schrameck, ancien chef de cabinet de Jospin) suite à la réforme de l’audiovisuel de Sarkozy, c’est bien compliqué, aussi renvoie-t-elle chacun dos-à-dos et appelle au dialogue, ça ne mange pas de pain.

Comme on peut s’en douter, l’intersyndicale n’est pas homogène. Le conflit s’éternise et les voies de sortie sont étroites. La CGT espère faire durer la grève et faire la jonction avec la journée d’action du 9 avril et elle souhaite obtenir la tête de Gallet comme trophée de sortie de crise. La CFDT espère des annonces acceptables pour sortir de l’impasse, mais chaque jour les exigence de la base deviennent plus fortes. SUD qui est très impliquée dans les orchestres espère obtenir des garanties sur la non-fusion des deux formations et des garanties sur le nombre d’emploi musiciens, le SNJ entre et sort, tiraillé entre l’affichage d’une solidarité et le faible nombre de journalistes grévistes qui lorgnent inquiets sur la fuite d’audience vers les stations « périphériques »…

Dans le même temps, le CSA s’apprête à auditionner les 33 candidats à la présidence de France Télévisions où la situation sociale n’est pas moins explosive. Le sous-financement de l’audiovisuel public institué par la loi Sarkozy et que le Gouvernement Valls avalise, va rester le problème numéro un. La chute de Mathieu Gallet, si elle advenait, ne changerait rien à l’affaire…

Publié dans:Politique, Syndicalisme |on 5 avril, 2015 |Pas de commentaires »

MARCHE RÉPUBLICAINE

manif charlie
 

Après le carnage terroriste à Charlie-Hebdo et les morts lors de l’attaque de l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes, l’appel à l’unité nationale s’est conclu par la journée historique de manifestations du 11 janvier. Plus d’une quarantaine de chefs d’État et de gouvernements étaient présents à Paris pour la marche républicaine. La dignité des cortèges, la foule immense partout en France, l’absence d’incidents et la retenue témoignent de ce sursaut national face à la barbarie.

Unité nationale ? Tout le monde ne comprend pas ce dont il s’agit et le hastag #JeSuisCharlie est parfois pris pour ce qu’il ne signifie pas. Il ne s’agissait pas d’approuver la ligne éditoriale de l’hebdomadaire mais de dire que nous sommes tous concernés par la liberté d’expression et la liberté de la presse. Le choix d’un magasin casher par l’un des terroristes donne également une dimension plus large au drame qui s’est déroulé avec l’antisémitisme en toile de fond. Face à ce drame il fallait faire montre de détermination et d’unité et taire – un moment – ce qui nous divise. Ce moment de décence n’a pas été respecté par tous. Il y a eu bien sûr, ça et là, des récupérations politiques… Au-delà du FN, il y a tous ceux et celles (comme Valérie Précresse par exemple) qui nous donnent les conseils que nous ne leur avons pas demandés et distribuent bons et mauvais points pendant le recueillement de la nation. Il y a eu sur les réseaux sociaux tous les distributeurs de bémols, ceux qui veulent bien manifester mais pas avec tout le monde, qui auraient souhaité un peu moins d’unité ou un peu moins de national, ceux qui estiment que « l’esprit Charlie » devrait servir de sésame et en excluent les autres (les faux-culs).

La présence des chefs d’État et chefs de gouvernement au défilé parisien illustre la dialectique entre la symbolique et la réalité politique. Le symbole c’est celui de l’expression d’une solidarité internationale face au terrorisme et c’est un symbole fort. Le hiatus qui
n’échappe à personne, c’est que plusieurs de ces VIP foulent aux pieds la liberté de presse (entre autres) dans leur propre pays. Lors d’une journée comme celle du 11 janvier c’est évidemment le symbole qui prime. La politique, au sens noble, reprend ses droits ensuite. Nous ne sommes pas des buses, nous savons bien que les dirigeants qui défilaient aux côtés de Hollande n’étaient pas tous des parangons de la liberté. Mais voilà, pour certains c’est plus fort qu’eux, il faut qu’ils la ramènent le jour même. Edwy Plénel en chef de file…

Dans le flot d’émotions de cette journée, nous n’échappons pas non plus à la concurrence victimaire. Derrière le « nous sommes toutes les victimes » on entends les petites voix qui mettent en avant leur propre catégorie, journaliste, policier, juif ou musulman. Mais heureusement la multiplicité de ces voix donnent un chant choral : nous sommes tous toutes les victimes, pas plus l’une que l’autre. Et fort heureusement, partis et syndicats se sont abstenus de mettre en avant l’engagement de tel ou tel en leur sein. Lors du défilé, la consigne « ni sigle sur les banderoles, ni drapeau » a été plutôt bien respectée (à l’exception des syndicats de journalistes pour des raisons que l’on peut comprendre).

Les complotistes ont été inaudibles mais ils se rattraperont dans les jours qui viennent. Une mention spéciale pour Thierry Meyssan, vendeur de complots en tous genres, qui voit déjà la main de Washington et de Tel Aviv derrière les évènements tragiques.

La journée du 11 janvier est un début. Il y a beaucoup de leçons à tirer des événements. Pas seulement en termes de sécurité et de renseignements, mais en termes politiques du vivre ensemble que nous voulons construire. De la notion indivisible de liberté d’expression aussi. Certaines expressions sur les provocations de Charlie Hebdo, en particulier chez les jeunes, montrent que la pédagogie sur les concepts de liberté et de laïcité est un enjeu majeur, non seulement aujourd’hui à la lumière de l’actualité, mais aussi pour demain et le devenir des générations futures.

Demain est un autre jour.

Publié dans:Politique, Société |on 11 janvier, 2015 |1 Commentaire »

CHARLIE HEBDO

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Le chagrin et l’écœurement après le drame de Charlie-Hebdo. La colère aussi.

La liberté de presse est un bien trop précieux pour ne pas la défendre bec et ongles face à tous les obscurantismes.

Oui, je suis Charlie.

Publié dans:Politique, Société |on 9 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

PRIDE

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Le film PRIDE sorti en France en septembre 2014, est rapidement devenu le "film gay" de l’année. Ce film touchant, drôle et émouvant est basé sur l’histoire vraie et peu connue d’un groupe de jeunes homosexuels et lesbiennes se mobilisant pour apporter un soutien financier aux mineurs en grève sous Thatcher. Après des incompréhensions réciproques, les gays ne comprenant pas pourquoi il faudrait soutenir des mineurs réputés homophobes et les mineurs hostiles à ce soutien inhabituel, les deux « clans réprouvés »; apprennent à se connaître et, symbole de cette « jonction », des délégations de mineurs ont ouvert la marche de la Gay Pride londonienne de 1985.

Le film est centré sur le petit groupe emmené par le jeune activiste Mark Ashton et le contexte du climat militant du début des années 80. La conscience politique, le disco, l’apparition du SIDA, la majorité sexuelle à 21 ans pour les homosexuels et l’exclusion sociale forment la trame de fond. Le jeu et le dynamisme communicatif des acteurs nous font entrer facilement dans cette histoire pleine de bons sentiments. Malgré sa trame militante, le film reste une comédie, ce parti pris peut parfois faire douter sur ce qui est tiré du réel et ce qui est une fantaisie scénaristique. Cette qualité du film est aussi son défaut, il donne à voir sans expliquer. Si l’attitude des mineurs du village gallois choisit par le groupe Lesbiennes et Gays en Soutien aux Mineurs, passant de l’hostilité à l’amitié, traverse le film, on ne saura rien du revirement du syndicat national des mineurs passant du rejet au soutien de la cause LGBT. Seuls les caractères principaux sont réellement traités. Le film parvient à égrener au long de sa narration différents aspects comme le « coming out » familial, les agressions homophobes, la découverte de sa séropositivité, l’homosexualité cachée en zone rurale etc. La longue grève historique des mineurs et la reprise du travail « tête haute », mais défaits, aurait mérité sans doute un peu plus de développement pour les jeunes générations qui n’ont vécu les années Thatcher.

Mais ne boudons pas notre plaisir, ce film « social » qui alterne rires et larmes est une pépite
qui donne à réfléchir en contraste avec notre propre époque. Et pour rappeler que beaucoup de scènes sont authentiques, le générique de fin rappelle quelques éléments historiques et renseigne sur le devenir des personnages réels ayant inspiré le film. En particulier sur le sort tragique du lumineux Mark Ashton décédé quelques jours après avoir appris sa séropositivité, il avait 26 ans…

Publié dans:Gay, Politique, Société, Syndicalisme |on 28 décembre, 2014 |Pas de commentaires »

CGT : LA MAUVAISE DÉFENSE DE LEPAON

chateau
 

Depuis que le Canard Enchaîné a sorti l’affaire de l’appartement de fonction loué pour le Secrétaire Général de la CGT à Vincennes et rénové à grands frais, on attendait la réponse de Thierry Lepaon : celle-ci est venue ce mardi 4 novembre devant le Comité Confédéral National (le « parlement » de la centrale de Montreuil selon la formule consacrée). La première réaction de la CGT sous la forme d’un communiqué pour expliquer que si on en veut à l’organisation syndicale c’est qu’elle gêne, était un peu courte et le silence du principal incriminé commençait à peser lourd et à laisser les militants cégétistes ronger leur frein face à une campagne médiatique un peu surjouée… Lepaon déclare avoir voulu réserver sa réponse à l’interne de la CGT : c’est ignorer les règles élémentaires de la communication de crise car le silence est un terreau fertile et sa réponse tardive a laissé le champ libre à ses détracteurs.

Le long texte lu par Lepaon devant le CCN de la CGT (voir ici) est calibré pour son usage interne. On resserre les rangs face à l’adversité, on demande à la commission financière de contrôle de faire un rapport, on identifie une faute collective dans le processus de décision que l’on veut corriger en embauchant un directeur administratif et financier, on tape un coup sur Manuel Valls qui ferait mieux de s’occuper de la France que de la CGT et enfin on fustige le corbeau qui a préféré s’adresser à la presse qu’aux organes internes de la centrale dans un but transparent de nuire au Secrétaire général en place…

Si à la première lecture, ce plaidoyer répond aux canons de l’exercice de justification devant une instance interne, il soulève en réalité plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Voilà un Secrétaire général qui "apprend par la presse" le montant de rénovation de son appartement ; comme Sarkozy ignorant du montant pharaonique de ses grands meetings électoraux et de la « tuyauterie » mise en place dans l’affaire Bygmalion… Pour peu que cette fable soit réelle ce serait faire montre d’un bien faible soucis pour les finances de son organisation.

Voilà un provincial débarquant à la capitale et ignorant des « codes sociaux » qui mettent Vincennes dans les quartiers plutôt chics de la banlieue parisienne. A supposer que Lepaon arrivait à Montreuil avec la paille dans les sabots, il n’y avait aucun camarade pour y voir un problème ?

Voilà une organisation syndicale soumise à la certification des comptes et où « une seule personne » peut engager plus de 100 k€ de travaux sans en référer à personne ? Or précisément l’une des premières tâches d’un commissaire aux comptes est d’identifier tous les processus de décision comptable et de contrôle. De deux choses l’une, soit le commissaire aux comptes est un dilettante, soit les procédures normales de décisions n’ont pas été respectées.

Enfin la question de départ demeure : que la confédération accorde un logement de fonction a un dirigeant habitant en province, rien de plus normal, les postes dirigeants ne sont pas réservés aux parisiens. Le logement de fonction doit être un logement simple, fonctionnel et certes personnalisé mais pas au-delà : une organisation qui se fixe des limites dans la rémunération de ses cadres dirigeants, s’en fixe aussi dans les avantages matériels qu’elle leur accorde. Or voilà une organisation bien mal gérée qui loue un appartement tellement délabré qu’il faille faire pour plus de 100 k€ de travaux… Le propriétaire doit se réjouir d’un locataire si conciliant et généreux !

La défense de Lepaon qui s’exonère devant le CCN de la CGT ne fait en fin de compte que souligner les dérives de fonctionnement au sein de la direction de la confédération où la mésentente est un secret de polichinelle : notons que 4 membres du bureau Confédéral (sur 10) n’ont pas voté la note interne qui a été diffusée suite aux révélations de la presse. En soulignant une « faute collective » que beaucoup ne reconnaîtrons pas, Lepaon s’est mis lui-même en mauvaise posture. Le jour même où une grève des transports ferroviaires et urbains appelée par la seule CGT est si peu suivie, la crise du leadership au sein de la centrale de Montreuil ne fait qu’apparaître avec plus d’acuité.

Publié dans:Politique, Syndicalisme |on 4 novembre, 2014 |1 Commentaire »

LA PISSOTIÈRE & LE SEXTOY

Plug 

Le temps d’un week-end l’internet bruisse sur ce genre d’affaires que les réseaux sociaux affectionnent : le dégonflage de l’œuvre de Paul Mc Carthy place Vendôme…

C’est que le sapin gonflable de l’artiste évoque nettement un buttplug (un « plug anal » pour les amateurs de traduction semi-française). Voilà donc une provocation et un « sapin moche » (dixit Le Figaro)… Le sapin est dégonflé et l’artiste giflé par inconnu renonce à le réinstaller. Le bon goût est peut être sauvé mais la liberté artistique est foulée aux pieds.

La provocation ? J’ignorais que tant de gens savaient reconnaître un plug au premier coup d’œil. L’assimilation entre ce plug vert et la forme du sapin est-elle plus incompréhensible ou moins artistique que le concept de l’urinoir renversé (la « Fontaine ») de Marcel Duchamp en 1917 dont une réplique de 1964 est à Beaubourg ? Mc Carthy n’est pas Duchamp, mais il est ironique de constater que l’œuvre de Duchamp considérée comme la « plus controversée » du siècle dernier est aujourd’hui une œuvre reconnue, passée à la postérité et qui a sa propre page sur Wikipédia.

On peut ne pas aimer le sapin de Mc Carthy, ne pas comprendre la démarche de l’artiste… mais au point de se réjouir d’une destruction et d’une agression ? Les commentaires qui prétendent distinguer le « vrai art » du faux, ne rappellent-ils pas ceux qui fustigeaient hier l’art « dégénéré ». Détruire une œuvre c’est comme brûler un livre, c’est un acte effrayant.

En 2008 une polémique avait brièvement agité les gazettes suite à l’exposition d’œuvres de Jeff Koons dans le Château de Versailles. Personnellement, je n’étais pas du tout convaincu de l’adéquation du lieu pour mettre en scène les créations de Koons, mais si la poignée de manifestants qui voyaient là une offense à Marie-Antoinette (véridique) avait saccagé l’installation, j’aurais défendu sans retenue la liberté artistique.

Il y a une petite France rance qui exprime ses peurs et ses rejets par hoquets. Ne la laissons pas grandir.

Publié dans:Divers, Politique, Société |on 19 octobre, 2014 |4 Commentaires »

OUBLIER ZEMMOUR

troll
 

Éric Zemmour est devenu un troll audiovisuel. Plusieurs commentateurs ont souligné cette mutation du chroniqueur-essayiste. La seule différence avec un troll sur internet, c’est que le troll audiovisuel n’est pas anonyme, son nom est même un étendard. Hormis cela, sa fonction est la même : pourrir les débats et envahir l’espace en fustigeant la pensée unique. La « pensée unique » est un concept commode qui permet de ranger dans le même sac tous ceux qui ne pensent pas comme vous ; quand on est lassé de se cacher derrière des arguments d’autorité il suffit de jeter de la poudre de « pensée unique » ; pour aveugler l’adversaire. 

Il y a un "air du temps" qui permet à Zemmour de s’épanouir dans les médias. Zemmour aimerait faire un mai 68 à rebours et cette petite musique est agréable aux oreilles des franges les plus réactionnaires de la société actuelle, celles qui prennent l’air lors des Manifs pour Tous par exemple. Zemmour aimerait tellement faire un mai 68 à l’envers qu’il s’invente un mai 68 personnel qu’il n’a pas vécu, au prix d’un petit mensonge sur son âge lors d’une interview (il est né en 1958 et à 10 ans on ne défilait pas rue Gay-Lussac).

Exprimer sa misogynie, son homophobie ou son racisme à petites lampées savamment distillées a permis de créer son nouveau personnage de troll. S’il était apparu, un jour, en bloc, comme ce qu’il est aujourd’hui, il aurait été zappé. Non, lui s’est façonné par petites touches progressives en occupant les plateaux télé comme un chroniqueur seulement agaçant, parfois brillant, souvent péremptoire mais en étant chaque fois juste un tout petit peu trop loin mais suffisamment près de la ligne jaune pour ne pas se couper du mainstream qu’il dénonce.

Un jour donc les féministes ont détruit les hommes et l’avortement « ne libère pas la femme ». Peu importe de savoir de quel féminisme il parle et ce qu’est pour lui le contrôle des naissances ou la libre disposition de son corps, car contrairement à ce qu’il voudrait laisser croire, ce n’est pas le débat intellectuel qui l’intéresse. L’emporte-pièce est son outil fétiche. Il est prêt à prendre le contre-pied de n’importe quel argument qu’on lui opposerait avec en prime la posture d’une victime.

Un autre jour c’est le soi-disant puissant lobby LGBT qui met l’école de la République à son service le lendemain ce sont les étrangers qui sont majoritairement délinquants. Enfin cerise sur le gâteau : Vichy a beaucoup fait pour sauver les juifs français. La défense de Vichy par un juif, c’est évidemment un must. La réplique argumentée et factuelle de l’historien Robert Paxton, mis en cause par le troll, est inaudible. Et trop compliquée : l’erreur que le troll assène en une phrase, nécessite un article complet pour reconstruire une vérité argumentée.

Courant en zig-zag dans ses indignations il prend soin de ne pas être confondu avec un réactionnaire étiqueté : il n’est ni un identitaire, ni un frontiste, ni un pur libéral, il est tout cela à la fois et rien en même temps. Quand Alain Soral, Renaud Camus ou Robert Ménard restent figés dans leurs postures, le troll vagabonde.

Maintenant que le troll a balancé une à une ses boules puantes, il peut en faire la compilation en un livre qui devient aussitôt un succès d’édition. Et derechef les médias invitent le troll pour parler de son livre. Et plus on attaque le troll, plus on essaye de le pousser dans ses retranchements, plus il enfle et phagocyte. C’est l’implacable logique du troll, plus vous le combattez, plus il se renforce ; comme les menottes chinoises : plus vous tirez pour vous en défaire, plus elles vous enserrent.

La règle dans l’audiovisuel est la même que sur internet : don’t feed the troll.

Publié dans:Politique |on 11 octobre, 2014 |7 Commentaires »

LMPT & LA CONSPIRATION LGBT

pride
Le dimanche 5 octobre la "Manif Pour Tous" fait son come-back. La question de l’égalité devant le mariage n’est plus dans l’actualité et un récent sondage montre qu’une majorité de la population, même à droite, est hostile à tout retour en arrière. Alors quel est le sens de cette marche contre l’égalité ? La question du "mariage gay" a permis l’agrégation de forces réactionnaires dans un mouvement de protestation qui dépasse la simple question d’origine concernant un projet de loi. Désormais c’est contre un "changement civilisationnel" que se bat le conglomérat LMPT.

La peur et l’homophobie exsudent par tous les pores d’un mouvement qui cherche à rester "présentable" et dont la communication officielle est calibrée. Pour renverser l’accusation d’homophobie, LMPT dénonce la "familiphobie" de leurs opposants ce qui est proprement "insensé" puisqu’ils refusent précisément l’égale reconnaissance de toutes les familles. Les réseaux sociaux témoignent largement de la pensée réelle véhiculée dans les rangs LMPT. Une homophobie crasse, une peur panique et une paranoïa qui prend parfois des tours hallucinants.

La planète n’est pas envahie de petits hommes verts mais c’est bien pire : il y a le "puissant lobby LGBT".  Le fragile mouvement homosexuel des années 70 dont la chronique est plutôt celle de persécutions, s’est soudainement transformé en une pieuvre richissime et envahissante contrôlant médias, multinationales et pouvoir politique. Une camarilla malfaisante dont un jour on trouvera bien une sorte de "Protocole des sages de Sion". Les études de genre se voient ainsi transformées en "théorie du genre" visant à transformer les petits garçons en petites filles et vice-versa. À l’école on ne fait pas que vouloir embrouiller les esprits avec un "ABC de l’égalité", sur ordre d’une ministre à la solde de l’étranger musulman on oblige des petits garçons pré-pubères à devenir homosexuels. Sur certains blogs délirants on va encore plus loin dans la description apocalyptique d’un complot visant à détruire un "ordre naturel" fantasmé ou une religion blasphémée. 

À lire ces délires on pense au procès des Templiers et à leurs rites secrets supposés mêlant hérésie et sodomie. Une société secrète que Philippe Le Bel n’aurait pas éradiqué et qui réapparaitrait de nos jours pour nous obliger à aimer charnellement nos semblables et acheter des bébés dans le catalogue de la Redoute.

Des hordes venues du moyen-âge vont donc battre le pavé parisien ce dimanche pour conjurer la fin du monde et les feux de la Géhenne. Dans le même temps, en réaction à la manif de la haine, un rassemblement est appelé à 11H de "toutes les familles" pour l’égalité place de la République. La République, tout un symbole ! En même temps pour les conspirationnistes de toutes sacristies, c’est non loin du Carreau du Temple..

Publié dans:Gay, Politique, Société |on 4 octobre, 2014 |2 Commentaires »

POLITIQUE HORS-SOL

hors sol
 
Quand on a une haute idée de la politique on garde l’image de militants dévoués à la cause qu’ils défendent, souvent au détriment de leur confort personnel, parfois au risque de leur liberté voire de leur vie. Et les quelques inévitables brebis galeuses ne ternissent pas la multitude de ceux qui servent la res publica, la chose publique qui nous est commune.

Ces dernières années, les "affaires" se sont répétées et à l’heure d’internet, le vrai comme le faux sont multipliés mécaniquement au point d’inverser la perspective, le militant désintéressé faisant figure d’exception au sein d’une classe politique largement
déconsidérée. Avant c’était facile grâce à une certaine dose de manichéisme : la droite était corrompue par nature et la gauche vertueuse par idéal. Mais la chronique s’accommode mal du manichéisme et la gauche au pouvoir donne à voir parfois un triste spectacle avec l’arrivée d’une élite curieuse, celle de politiques élevés "hors-sol". Comme les tomates hydroponiques qui n’ont jamais goûté la vraie terre, ces nouveaux politiques ont le cerveau irrigué artificiellement sans jamais avoir connu la vraie vie.

Le trio de tête de ces nouveaux politiques déconnectés du réel s’appellent Jérôme Cahuzac, Thomas Thévenoud ou Aquilino Morelle. Un ministre du budget qui pourfend les fraudeurs alors que lui-même planque un magot en Suisse ou à Singapour, quelles sont les étranges idées qui lui passent par la tête ? Lorsqu’il jure devant la représentation nationale que tout ce que l’on dit est faux puis est obligé de reconnaître la vérité avant de démissionner, à quoi pense-t-il ? Le bref secrétaire d’État au commerce extérieur qui a fait partie de la commission d’enquête sur le premier et qui lui-même oublie de payer ses impôts, son loyer et son électricité, à quoi pense-t-il ? Qu’il est au-dessus du commun ? Et sa pitoyable explication d’une phobie administrative jetée à la face de ceux qui ploient sous la charge des contingences administratives ordinaires, peut-il imaginer une seconde qu’elle puisse rencontrer la moindre compréhension, la moindre empathie ?

Dernier en date, le petit marquis des salons élyséens, qui ne voyait pas le conflit d’intérêt en ayant conseillé des laboratoires pharmaceutiques tout en exerçant à l’IGAS et qui réservait un salon du palais pour se faire cirer les pompes… Il a été viré comme un malpropre et son égo en a pris un coup. Là où un homme politique aurait eu une attitude en retrait pour continuer à œuvrer pour son idéal sans nuire à son camp, lui décide de se venger et de torpiller Hollande dans des interviews bien calibrés dans un "plan com". Quitte à couler, il agrippe ses voisins pour les entraîner dans sa chute de la même manière qu’une maîtresse déchue ferait un livre pour prendre la Nation à témoin de ses infortunes sentimentales avec le Président.

S’il n’y avait qu’un seul cas qui défraye la chronique, on pourrait se dire comme d’autres "mais il est fou !". Hélas la loi des séries ne se satisfait pas de l’explication d’une folie singulière. Non, c’est le portrait d’une classe politique hors-sol qui nous est donné. On est loin du temps où un cheminot syndicaliste, devenu premier ministre et dont l’honneur était écorné pour avoir simplement accepté un prêt sans intérêt pour
acheter un appartement, se tire une balle dans la tête. Aujourd’hui des êtres étranges dont la morale et la conviction viennent d’une autre planète veulent nous faire la leçon en s’exonérant eux-mêmes des règles qu’ils professent semblant croire que leur fonction pour le bien public les autorise au mal privé.

La République exemplaire promise par François Hollande ne pourra pas se construire en puisant ses parangons dans une caste imbue et déconnectée. Et même avec un cerveau brillant et un CV long comme le bras, un politique doit d’abord apprendre à vivre la vie qu’il veut réformer.

Publié dans:Politique |on 24 septembre, 2014 |Pas de commentaires »
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