PHILHARMONIE DE PARIS

Philharmonie

A chaque grand projet architectural nous avons droit à une polémique, sur son utilité, son coût ou son apparence. En leur temps l’Opéra Bastille ou la Pyramide du Louvre avaient agité les commentateurs de commentaires. Aujourd’hui c’est la Philharmonie de Paris qui est dans l’œil du cyclone.

L’idée de la création d’une salle symphonique sur le site du parc de la Villette remonte à loin. Envisagée du temps de Chirac et Jospin, le projet est officiellement lancé en 2006 du temps de Dominique de Villepin et Renaud Donnedieu de Vabres en tant que ministre de la Culture. Il n’est pas inutile de le rappeler puisque certains voudraient en faire un problème droite/gauche ce qui est peu pertinent. Dès l’origine la question s’est posée de l’utilité de créer une nouvelle salle de concerts dans une capitale déjà pourvue ou de dépenser autant d’argent alors qu’il y a d’autres priorités. Laissons de côté cette dernière critique : la culture semble n’être jamais une priorité, avec d’autres parents pauvres (la recherche fondamentale par exemple) elle semble toujours trop couteuse. Et lorsqu’il s’agit de musique classique, le cliché d’une culture réservée à une élite n’est jamais bien loin. Mais moins on fait pour la populariser, plus elle est condamnée à rester dans son pré carré… Quant à savoir si une nouvelle salle de 2400 places arrivera à faire le plein sans phagocyter les saisons des autres établissements, "on a prévu trop grand" s’exclament certaines pythies qui évaluent au doigt mouillé. Peut-être, peut-être pas. Le pari est ambitieux mais c’est ce qui fait son intérêt : Paris n’avait pas de Philharmonie contrairement à bien d’autres capitales européennes.

La Philharmonie de Paris offrira cinq salle de répétition qui manquaient à la capitale, bien des ensemble ayant recours au système D. Il y aura deux résidents (l’Orchestre de Paris et l’Ensemble Intercontemporain) ainsi que 3 formations associées dont les Arts Florissants de William Christie qui trouve ainsi, sur le tard, un point d’ancrage pour sa formation sans domicile fixe. La vaste salle à l’acoustique de haute qualité et dont l’éloignement maximal d’un spectateur au chef d’orchestre ne dépasse pas les 32 mètres, offre une première saison 2015 intéressante à l’éventail tarifaire accessible. Mais la mariée est-elle trop belle pour ne pas cacher ses défauts ?

L’ensemble Cité de la Musique, Philharmonie, Pleyel doit assurer la cohérence de sa programmation. La musique classique quitte la salle Pleyel pour aller Porte de Pantin. Voilà une logique qui heurte certains et une pétition est lancée pour que Pleyel conserve une programmation classique. Les arguments sont réactionnaires au sens strict : c’était comme ça avant donc ça doit rester immuable. Cela donne de mémorables poulets comme cet édito de Sylvain Fort de ForumOpera.com qui y voit une décision d’un "obscur fonctionnaire" (sic) symptôme d’un "réflexe de dictature d’État" (re-sic). La démesure des propos est à l’échelle de celle du bâtiment… Certains, sans aucun second degré, se voient mal quitter la rue du Faubourg Saint Honoré pour errer dans les limbes infernales du XIXème arrondissement. Craignant d’être obligés de manger des merguez-frites au sortir d’un concert dans un lieu si éloigné de leur douillette résidence. Comme personnellement j’habite au voisinage de la Philharmonie, ces plaintes me laisse de marbre. Et l’envie de voir un concert ne m’a jamais dissuadé d’aller en expédition jusqu’à l’Opéra Royal de Versailles pour rentrer nuitamment en transports en commun, fourbu et affamé…

Ah, il y a la dérive financière… Le coût a triplé depuis le début pour atteindre aux dernières nouvelles 381 millions d’euros. Durant l’été, la Marie de Paris co-financeur du projet a eu une poussée d’urticaire et Anne Hidalgo a menacé de ne pas payer les surcoûts, menace
toujours pendante, les négociations dans la dernière ligne droite du projet promettent du sang et des larmes. La construction s’est déjà arrêtée une année en 2010 suite à une divergence sur le financement de l’État. Le retard pris dans l’avancement du projet a décalé l’ouverture à mi-janvier 2015 au lieu de 2013 puis fin 2014… Le bras de fer actuel pourrait-il compromettre la date d’ouverture de la salle ? Moi qui suis un aventurier téméraire, j’ai acheté un billet pour le 16 janvier. En priant pour que les plâtres soient secs… Si la municipalité parisienne est légitime dans sa volonté de stopper les surcoûts, on peut s’interroger sur ses arrière-pensées concernant le paritarisme du financement avec l’État (mais la nouvelle ministre de la Culture est une fleur à épines) et on peut craindre ses demandes concernant le modèle économique du budget de fonctionnement si cela inclut de se mêler de la répartition des offres musicales déjà définies. La Ville semble profiter de l’argument de la gabegie financière pour pousser d’autres pions, mais Bruno Julliard, premier adjoint chargé de la culture devrait se méfier : le billard à trois bandes est un exercice difficile qui peut se retourner contre celui qui y joue.

Du coup chacun y est allé de son couplet. L’architecte Jean Nouvel a été montré du doigt, coutumier de certaines extravagances dans le "toujours-plus" (ou dans le perfectionnisme selon la façon dont veut voir les choses), le voilà qui veut changer certains matériaux ou d’autres fauteuils plus respectueux de l’acoustique. Nouvel se défend comme un diable, on le "traîne dans la boue", on l’a écarté de certaines prises de décisions et le projet qui a déjà pris du retard va être fini dans l’urgence au détriment de la qualité, menaçant de finir en ruines et rouille d’ici peu. Quant aux autres prestataires, l’ambiance n’est pas à la franche camaraderie. En fait il n’est pas étonnant qu’un projet de cette envergure ne se déroule pas comme un long fleuve tranquille. La dérive des coûts pesant sur les contribuables que nous sommes, il était nécessaire de taper du poing sur la table et de serrer quelques boulons. La recherche des responsabilités, nécessairement multiples, a permis d’alimenter les gazettes estivales. Le Point qui en avait sans doute fini avec son éternel marronnier sur le pouvoir occulte des francs-maçons, a trouvé un angle d’attaque innovant : la Mairie de Paris est coupable de ne verser qu’une subvention et d’avoir laissé la Philharmonie s’endetter alors que si elle avait prêté de l’argent elle-même les taux d’intérêt auraient été plus faibles. On ne sait pas trop pourquoi un co-financeur serait obligé de jouer à la banque, mais ça permet de taper sur la municipalité sans se fatiguer le cerveau.

Pour l’instant Laurent Bayle directeur général de la Cité de la Musique et Président de la Philharmonie doit sans doute passer des nuits blanches et compter ses amis.

Gageons pourtant que comme d’autres réalisations d’importance, la clameur entretenue autour de la naissance difficile de la Philharmonie de Paris s’étouffera rapidement.

Publié dans : Musique |le 6 septembre, 2014 |3 Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

3 Commentaires Commenter.

  1. le 6 septembre 2014 à 11 h 51 min Herminien écrit:

    Vous avez acheté un billet pour le 16 janvier : je constate effectivement votre côté téméraire… :-)

    Je ne sais pas si Nouvel est perfectionniste : c’est un habitué des surcoûts liés soit à un manque de travail préalable sur l’impact de son projet, de sa configuration ou de ses matériaux, soit à une sous-estimation préalable qui permet de remporter le concours.

    Répondre

  2. le 6 septembre 2014 à 15 h 13 min Anonyme écrit:

    Voilà un article bien agréable à lire ! S’il nous change de vos petits billets par sa longueur, on y retrouve votre alacrité et votre esprit d’analyse…

    Répondre

  3. le 6 septembre 2014 à 15 h 14 min Felix-Culpa écrit:

    Voilà un article bien agréable à lire ! S’il nous change de vos petits billets par sa longueur, on y retrouve votre alacrité et votre esprit d’analyse…

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

MASTIGOUCHE |
Une voyance par telephone |
La Passerelle Gourmande |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Faceaumiroir
| Agence Immobilière en Vallé...
| Change The World Together