Archive pour septembre, 2014

RETOUR EN GRÂCE D’ALAN TURING

turing 2014
Logo de 2014 Année Turing.

Tout le monde ou presque connait désormais Alan Turing, le mathématicien génial qui a cassé le code de l’Enigma, la machine de cryptage allemande, pendant la seconde guerre mondiale et dont les travaux sont considérés comme précurseurs de l’intelligence artificielle (test de Turing) et de l’informatique (machine de Turing). Il ne faisait pas mystère de son homosexualité et en 1952 il sera condamné pour "indécence manifeste" selon les lois britanniques de l’époque. Condamné à une peine de prison ou une castration chimique, il préféra cette dernière pour poursuivre ses recherches. Surveillé étroitement par la police en pleine guerre froide et atteint physiquement par le traitement chimique, il s’est suicidé en 1954 en croquant une pomme empoisonnée au cyanure, il avait 41 ans. Son décès avec une pomme croquée a donné lieu à une légende urbaine : le logo d’Apple aurait été choisi en référence à Turing. Légende que l’on trouve encore dans certains ouvrages mais qui a été démentie par le créateur du logo (le premier logo faisait référence à Isaac Newton, qui s’était pris une pomme sur la poire), mais il est vrai que la firme de Cupertino a longtemps laissé dire…

Si les travaux de Turing n’avaient pas été interrompus si brutalement, qui sait quels progrès aurait fait l’informatique dans la seconde moitié du vingtième siècle ? En son hommage, depuis 1966 est attribué chaque année un "prix Turing", sorte de Nobel de l’informatique, par l’ACM (Association for computing machinery) à une personne ou un groupe de personnes ayant apporté une contribution technique majeure en informatique. Notons qu’un seul français, Joseph Sifakis, a obtenu ce prix (en commun avec deux américains) en 2008. La mobilisation de nombreux scientifiques, suivie du dépôt d’une pétition de 37 405 signatures, a permis d’aboutir en 2009 aux "regrets" du gouvernement britannique puis en 2013 à une réhabilitation en forme de "royal pardon". Après 2012, pour le centenaire de sa naissance c’est désormais 2014 qui est une « année Turing » pour les 60 ans de sa disparition. De nombreuses initiatives sont prises dans différents pays pour saluer la mémoire de Turing et souligner son apport scientifique. Le lecteur pourra utilement se reporter au site www.turingcentenary.eu (et au compte twitter associé @AlanTuringYear).

Pour couronner cette année Turing, un film biographique (un biopic comme on dit) va sortir en salle : "Imitation Game". La bande annonce est prometteuse (voir la bande annonce en VOST) mais il faudra patienter : si le film sort en octobre aux USA et en novembre au Royaume-Uni, en Italie ou au Portugal, il ne sortira en France… que le 28 janvier 2015. Il y a sûrement de bonnes raisons pour cette chronologie de diffusion mais elle échappe un peu à mon entendement. L’année Turing 2014 s’achèvera donc, ici, en 2015. 

Le film est basé sur la riche biographie écrite par Andrew Hodges dont la toute première version (anglaise) date de 1983 et dont la version française chez Payot porte le titre de "Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence" (on perd au passage le double sens du titre anglais "Alan Turing : The Enigma"). J’avais lu cette biographie il y a longtemps, à une époque où Turing était largement méconnu en dehors de cercles restreints de mathématiciens. Je découvrais alors un chercheur génial et visionnaire ainsi qu’un contexte pesant et dramatique : le secret militaire, la répression de l’homosexualité et la fin tragique en clin d’œil à Blanche Neige avec une pomme empoisonnée mais avec nul Prince Charmant à la fin. Andrew Hodges est lui-même mathématicien et homosexuel, il voue une passion à Turing et il a collecté de nombreuses photos et recueilli de nombreux témoignages et anecdotes. Sa volumineuse biographie fait toujours référence aujourd’hui et ses travaux ont rendu indissociables l’hommage au génie de Turing et la dénonciation du sort fait aux homosexuels en Angleterre, même après l’ère victorienne en ces années d’après-guerre.

Ce destin hors du commun méritait de sortir du simple cadre de conférences ou de documentaires pour en faire un film grand public. C’est maintenant chose faite et j’en attends fébrilement la sortie…

Publié dans:Divers, Gay, Société |on 28 septembre, 2014 |Pas de commentaires »

ZEFESTIVAL

zefestival
Promotion amicale pour le festival du film LGBT de la région PACA.

Lien : http://lgbt.zefestival.fr/

Publié dans:Gay |on 27 septembre, 2014 |Pas de commentaires »

XAVIER DOLAN EN FAIT TROP

dolan 

Le chouchou du cinéma québécois a créé récemment la polémique en refusant la Queer Palm et en déclarant "Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghettoïssantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas en avoir".

La pertinence d’un prix comme la Queer Palm à Cannes, peut se discuter, mais c’est la violence du propos qui a surtout fait réagir. La pertinence c’est de savoir si aujourd’hui, en 2014, il est encore nécessaire de mettre en lumière la thématique LGBT à travers des prix pour le cinéma, les romans etc. ou des initiatives comme les Gay Games pour le domaine du sport. En fait, poser la question c’est déjà un peu y répondre, l’homophobie n’étant pas un vain mot et mettre en lumière ce qui reste encore dans l’ombre n’est sans doute pas inutile. La critique concernant la "ghettoïsation" est légitime et chaque initiative s’attache en principe au sujet et non à l’auteur. C’est la thématique qui est soulignée plus qu’un hypothétique "film gay" et surtout pas un "cinéaste gay", mais cette précaution échappe parfois aux contempteurs.  Si Xavier Dolan avait réagi avec tempérance pour refuser un prix dont il ne voyait pas l’utilité ou par rejet d’une étiquette, sa déclaration serait presque passée inaperçue ; mais Xavier Dolan n’est pas un adepte de la tempérance et lancé par une question très orientée il a répondu avec vivacité et surtout un certain mépris d’enfant gâté.

Certains ont réagi en sa faveur comme le soutien dispensable de Renaud Camus ou mieux avisée et plus drôle la réaction de Christine Le Doaré : l’ancienne présidente du centre LGBT de Paris ayant elle-même été juré de prix plutôt confidentiels et militants, se lasse d’avoir surtout vu des "daubes" à récompenser, tout ne mérite de sortir de l’ombre pour la cause homosexuelle. A l’opposé, la réaction de Didier Lestrade fondateur de Têtu se veut d’une égale violence (lui non plus n’est pas un adepte de la tempérance) estimant que Xavier Dolan trahit le public auquel il doit son succès, "S’il ne voulait pas être étiqueté, il n’avait qu’à faire son premier film sur des sauterelles !", égratignant au passage Pedro Almodovar, François Ozon ou Christophe Honoré pour avoir renié leur identité une fois le succès obtenu en dehors des festivals LGBT.  Mais la réponse de Lestrade est trop épidermique pour être efficace, la réponse sur le fond la plus complète et la plus probante est celle de Romain Vallet (lire ici).

Maintenant que le soufflé retombe, Xavier Dolan prend ses aises dans la dernière livraison du magazine Têtu ("Je suis amoureux"). Est-ce moins ghettoïsant que de recevoir une récompense pour son travail têtu ?

Publié dans:Gay |on 26 septembre, 2014 |3 Commentaires »

POLITIQUE HORS-SOL

hors sol
 
Quand on a une haute idée de la politique on garde l’image de militants dévoués à la cause qu’ils défendent, souvent au détriment de leur confort personnel, parfois au risque de leur liberté voire de leur vie. Et les quelques inévitables brebis galeuses ne ternissent pas la multitude de ceux qui servent la res publica, la chose publique qui nous est commune.

Ces dernières années, les "affaires" se sont répétées et à l’heure d’internet, le vrai comme le faux sont multipliés mécaniquement au point d’inverser la perspective, le militant désintéressé faisant figure d’exception au sein d’une classe politique largement
déconsidérée. Avant c’était facile grâce à une certaine dose de manichéisme : la droite était corrompue par nature et la gauche vertueuse par idéal. Mais la chronique s’accommode mal du manichéisme et la gauche au pouvoir donne à voir parfois un triste spectacle avec l’arrivée d’une élite curieuse, celle de politiques élevés "hors-sol". Comme les tomates hydroponiques qui n’ont jamais goûté la vraie terre, ces nouveaux politiques ont le cerveau irrigué artificiellement sans jamais avoir connu la vraie vie.

Le trio de tête de ces nouveaux politiques déconnectés du réel s’appellent Jérôme Cahuzac, Thomas Thévenoud ou Aquilino Morelle. Un ministre du budget qui pourfend les fraudeurs alors que lui-même planque un magot en Suisse ou à Singapour, quelles sont les étranges idées qui lui passent par la tête ? Lorsqu’il jure devant la représentation nationale que tout ce que l’on dit est faux puis est obligé de reconnaître la vérité avant de démissionner, à quoi pense-t-il ? Le bref secrétaire d’État au commerce extérieur qui a fait partie de la commission d’enquête sur le premier et qui lui-même oublie de payer ses impôts, son loyer et son électricité, à quoi pense-t-il ? Qu’il est au-dessus du commun ? Et sa pitoyable explication d’une phobie administrative jetée à la face de ceux qui ploient sous la charge des contingences administratives ordinaires, peut-il imaginer une seconde qu’elle puisse rencontrer la moindre compréhension, la moindre empathie ?

Dernier en date, le petit marquis des salons élyséens, qui ne voyait pas le conflit d’intérêt en ayant conseillé des laboratoires pharmaceutiques tout en exerçant à l’IGAS et qui réservait un salon du palais pour se faire cirer les pompes… Il a été viré comme un malpropre et son égo en a pris un coup. Là où un homme politique aurait eu une attitude en retrait pour continuer à œuvrer pour son idéal sans nuire à son camp, lui décide de se venger et de torpiller Hollande dans des interviews bien calibrés dans un "plan com". Quitte à couler, il agrippe ses voisins pour les entraîner dans sa chute de la même manière qu’une maîtresse déchue ferait un livre pour prendre la Nation à témoin de ses infortunes sentimentales avec le Président.

S’il n’y avait qu’un seul cas qui défraye la chronique, on pourrait se dire comme d’autres "mais il est fou !". Hélas la loi des séries ne se satisfait pas de l’explication d’une folie singulière. Non, c’est le portrait d’une classe politique hors-sol qui nous est donné. On est loin du temps où un cheminot syndicaliste, devenu premier ministre et dont l’honneur était écorné pour avoir simplement accepté un prêt sans intérêt pour
acheter un appartement, se tire une balle dans la tête. Aujourd’hui des êtres étranges dont la morale et la conviction viennent d’une autre planète veulent nous faire la leçon en s’exonérant eux-mêmes des règles qu’ils professent semblant croire que leur fonction pour le bien public les autorise au mal privé.

La République exemplaire promise par François Hollande ne pourra pas se construire en puisant ses parangons dans une caste imbue et déconnectée. Et même avec un cerveau brillant et un CV long comme le bras, un politique doit d’abord apprendre à vivre la vie qu’il veut réformer.

Publié dans:Politique |on 24 septembre, 2014 |Pas de commentaires »

NON MERCI…

Trierweiler

L’incroyable succès de vente du livre de Valérie Trierweiler, "Merci pour ce moment", laisse perplexe. Pouvait-il y avoir dans ce livre autre chose que les ragots people et la rancœur étalée d’une femme blessée ? La sortie opportune du livre ne permettait pas d’espérer y trouver du recul ou de la hauteur de vue. Après tout, une ancienne journaliste politique pouvait, au-delà de ses déboires sentimentaux, donner sa vision de l’envers du décor, de son rôle dans l’ombre du premier personnage de l’État. Pour en avoir le cœur net, je me suis donc imposé la lecture du brûlot de la dame.

Disons le tout de suite la lecture est fastidieuse tant le propos est répétitif. Hollande est un menteur, elle est amoureuse et malheureuse, elle avale des cachets, on la prend pour ce qu’elle n’est pas, elle est malheureuse, elle avale des cachets etc. Pour rompre la monotonie de cette répétition sans fin, elle la ponctue de flashbacks sur leur rencontre avant la présidentielle et tente toutes les dix pages de trouver une formule ("J’étais raide dingue de lui. Avec le temps, je devenais dingue et raide."), mais on se doute que le but de l’ouvrage n’était pas de devenir un monument de littérature.

Hollande n’a pas le beau rôle, on s’en doute, mais au point où en est sa cote de popularité, un peu plus, un peu moins cela peut nous laisser de marbre. Ce qui retient notre attention c’est son plaidoyer pro domo qui se révèle contre-productif. Elle essaye à travers son récit de changer l’image que l’on donne d’elle dans les médias. La démonstration est tellement pathétique qu’elle achève l’empathie que l’on pouvait avoir pour le personnage. On était prêt à la suivre sur la cruauté des médias, sur le poison des rumeurs qu’elle a eu à subir. Elle ne fait que dévoiler un personnage caractériel qui se défend de l’être, une enflure d’ego qui la pousse à toutes les gamineries pour éliminer ou narguer Ségolène Royal, à se pousser du coude pour jouer les premières dames (sans guillemets dans le texte). A passer son temps à avaler des cachets par poignées, à s’enfermer dans la salle de bains, à tomber dans les pommes et à s’offusquer quand Hollande ne rentre pas dans le jeu (quoi, il n’appelle pas le médecin ou les urgences ?). Autour d’elle tout le monde ment, Hollande bien sûr, les politiques, les journalistes, les officiers de sécurité (les "porteurs de croissants")… On croit qu’elle est une bourgeoise alors qu’elle est une pauvresse de la ZUP d’Angers avec son père qui a une jambe de bois, sa mère qui se saigne aux quatre veines et sa famille que Hollande trouve "pas jojo". Tandis que Gayet cette "actrice" pète dans la soie avec sa famille de bobos qui vivent dans les châteaux. Allez hop ! Elle reprend des cachets, maudit tout le monde, tapisse une pièce avec plein de photos de son ex-mari pour énerver Hollande, jure qu’elle n’est pas hystérique et reprend son récit…

Pour bien nous faire comprendre qu’elle n’est pas froide et hautaine et qu’elle est de gauche, elle nous narre ses bonnes œuvres de "première dame". Incapable de faire dans la retenue, elle nous délivre de longues tartines d’enfants condamnés par la maladie, de fillettes violées, de tessons de verre dans le vagin et autres détails scabreux dont l’énumération est sans doute censée nous tirer des larmes devant les belles actions de cette sainte femme qui n’hésite pas à faire des cartons à genoux dans les couloirs de l’Elysée. La démonstration est outrancière, elle en fait des tonnes, on croirait lire Paris-Match en attendant son tour chez le dentiste.

Elle estime, avec raison, qu’elle n’a jamais été "légitime" en tant que compagne du chef de l’État, que l’opinion l’a toujours vue comme une maîtresse voire une arriviste. Et au moment où elle fréquentait Michèle Obama, Hillary Clinton et d’autres, la voilà trompée et répudiée. Son égo qui n’est pas mince en prend un coup. Alors elle décide qu’après elle ce sera le déluge. Ce qui nous vaut cette prose de midinette pathétique. Espérons qu’elle ne nous gratifiera pas d’un deuxième opus…

Publié dans:Divers, Politique, Société |on 13 septembre, 2014 |2 Commentaires »

PHILHARMONIE DE PARIS

Philharmonie

A chaque grand projet architectural nous avons droit à une polémique, sur son utilité, son coût ou son apparence. En leur temps l’Opéra Bastille ou la Pyramide du Louvre avaient agité les commentateurs de commentaires. Aujourd’hui c’est la Philharmonie de Paris qui est dans l’œil du cyclone.

L’idée de la création d’une salle symphonique sur le site du parc de la Villette remonte à loin. Envisagée du temps de Chirac et Jospin, le projet est officiellement lancé en 2006 du temps de Dominique de Villepin et Renaud Donnedieu de Vabres en tant que ministre de la Culture. Il n’est pas inutile de le rappeler puisque certains voudraient en faire un problème droite/gauche ce qui est peu pertinent. Dès l’origine la question s’est posée de l’utilité de créer une nouvelle salle de concerts dans une capitale déjà pourvue ou de dépenser autant d’argent alors qu’il y a d’autres priorités. Laissons de côté cette dernière critique : la culture semble n’être jamais une priorité, avec d’autres parents pauvres (la recherche fondamentale par exemple) elle semble toujours trop couteuse. Et lorsqu’il s’agit de musique classique, le cliché d’une culture réservée à une élite n’est jamais bien loin. Mais moins on fait pour la populariser, plus elle est condamnée à rester dans son pré carré… Quant à savoir si une nouvelle salle de 2400 places arrivera à faire le plein sans phagocyter les saisons des autres établissements, "on a prévu trop grand" s’exclament certaines pythies qui évaluent au doigt mouillé. Peut-être, peut-être pas. Le pari est ambitieux mais c’est ce qui fait son intérêt : Paris n’avait pas de Philharmonie contrairement à bien d’autres capitales européennes.

La Philharmonie de Paris offrira cinq salle de répétition qui manquaient à la capitale, bien des ensemble ayant recours au système D. Il y aura deux résidents (l’Orchestre de Paris et l’Ensemble Intercontemporain) ainsi que 3 formations associées dont les Arts Florissants de William Christie qui trouve ainsi, sur le tard, un point d’ancrage pour sa formation sans domicile fixe. La vaste salle à l’acoustique de haute qualité et dont l’éloignement maximal d’un spectateur au chef d’orchestre ne dépasse pas les 32 mètres, offre une première saison 2015 intéressante à l’éventail tarifaire accessible. Mais la mariée est-elle trop belle pour ne pas cacher ses défauts ?

L’ensemble Cité de la Musique, Philharmonie, Pleyel doit assurer la cohérence de sa programmation. La musique classique quitte la salle Pleyel pour aller Porte de Pantin. Voilà une logique qui heurte certains et une pétition est lancée pour que Pleyel conserve une programmation classique. Les arguments sont réactionnaires au sens strict : c’était comme ça avant donc ça doit rester immuable. Cela donne de mémorables poulets comme cet édito de Sylvain Fort de ForumOpera.com qui y voit une décision d’un "obscur fonctionnaire" (sic) symptôme d’un "réflexe de dictature d’État" (re-sic). La démesure des propos est à l’échelle de celle du bâtiment… Certains, sans aucun second degré, se voient mal quitter la rue du Faubourg Saint Honoré pour errer dans les limbes infernales du XIXème arrondissement. Craignant d’être obligés de manger des merguez-frites au sortir d’un concert dans un lieu si éloigné de leur douillette résidence. Comme personnellement j’habite au voisinage de la Philharmonie, ces plaintes me laisse de marbre. Et l’envie de voir un concert ne m’a jamais dissuadé d’aller en expédition jusqu’à l’Opéra Royal de Versailles pour rentrer nuitamment en transports en commun, fourbu et affamé…

Ah, il y a la dérive financière… Le coût a triplé depuis le début pour atteindre aux dernières nouvelles 381 millions d’euros. Durant l’été, la Marie de Paris co-financeur du projet a eu une poussée d’urticaire et Anne Hidalgo a menacé de ne pas payer les surcoûts, menace
toujours pendante, les négociations dans la dernière ligne droite du projet promettent du sang et des larmes. La construction s’est déjà arrêtée une année en 2010 suite à une divergence sur le financement de l’État. Le retard pris dans l’avancement du projet a décalé l’ouverture à mi-janvier 2015 au lieu de 2013 puis fin 2014… Le bras de fer actuel pourrait-il compromettre la date d’ouverture de la salle ? Moi qui suis un aventurier téméraire, j’ai acheté un billet pour le 16 janvier. En priant pour que les plâtres soient secs… Si la municipalité parisienne est légitime dans sa volonté de stopper les surcoûts, on peut s’interroger sur ses arrière-pensées concernant le paritarisme du financement avec l’État (mais la nouvelle ministre de la Culture est une fleur à épines) et on peut craindre ses demandes concernant le modèle économique du budget de fonctionnement si cela inclut de se mêler de la répartition des offres musicales déjà définies. La Ville semble profiter de l’argument de la gabegie financière pour pousser d’autres pions, mais Bruno Julliard, premier adjoint chargé de la culture devrait se méfier : le billard à trois bandes est un exercice difficile qui peut se retourner contre celui qui y joue.

Du coup chacun y est allé de son couplet. L’architecte Jean Nouvel a été montré du doigt, coutumier de certaines extravagances dans le "toujours-plus" (ou dans le perfectionnisme selon la façon dont veut voir les choses), le voilà qui veut changer certains matériaux ou d’autres fauteuils plus respectueux de l’acoustique. Nouvel se défend comme un diable, on le "traîne dans la boue", on l’a écarté de certaines prises de décisions et le projet qui a déjà pris du retard va être fini dans l’urgence au détriment de la qualité, menaçant de finir en ruines et rouille d’ici peu. Quant aux autres prestataires, l’ambiance n’est pas à la franche camaraderie. En fait il n’est pas étonnant qu’un projet de cette envergure ne se déroule pas comme un long fleuve tranquille. La dérive des coûts pesant sur les contribuables que nous sommes, il était nécessaire de taper du poing sur la table et de serrer quelques boulons. La recherche des responsabilités, nécessairement multiples, a permis d’alimenter les gazettes estivales. Le Point qui en avait sans doute fini avec son éternel marronnier sur le pouvoir occulte des francs-maçons, a trouvé un angle d’attaque innovant : la Mairie de Paris est coupable de ne verser qu’une subvention et d’avoir laissé la Philharmonie s’endetter alors que si elle avait prêté de l’argent elle-même les taux d’intérêt auraient été plus faibles. On ne sait pas trop pourquoi un co-financeur serait obligé de jouer à la banque, mais ça permet de taper sur la municipalité sans se fatiguer le cerveau.

Pour l’instant Laurent Bayle directeur général de la Cité de la Musique et Président de la Philharmonie doit sans doute passer des nuits blanches et compter ses amis.

Gageons pourtant que comme d’autres réalisations d’importance, la clameur entretenue autour de la naissance difficile de la Philharmonie de Paris s’étouffera rapidement.

Publié dans:Musique |on 6 septembre, 2014 |3 Commentaires »

UN JOUR JE SAURAI FAIRE DES FRITES

Blanc de boeuf

Les choses simples en cuisine ne le sont pas. Prenez la mayonnaise et les frites : a priori rien de bien compliqué. Et pourtant, je désespère de les réussir. Pour la mayonnaise, j’ai lentement progressé au fil des années. J’applique fidèlement les canons sacrés de la science culinaire : œufs extra-frais, ingrédients à température, y aller sans précipitation. Je fouette, j’émulsionne mais si j’arrive à un résultat acceptable mais jamais parfait et suffisamment ferme. Et comme une mayonnaise "maison" est sans commune mesure avec celle de l’industrie agroalimentaire, je persévère dans ma quête.

Pour les frites, même désespérance : j’ai beau essayer de différentes façons, respecter les deux bains à des températures différentes, elles restent mollassonnes. Du coup j’en reste aux frites surgelées. Elles ont un double avantage : elles ne sont pas mauvaises et elles dispensent de la corvée d’épluchage et de découpage, c’est peu de chose mais quand on rentre d’une journée de travail la fainéantise est tolérée. Elles ont inconvénient, elles sont trop fines. Le goût américain s’est imposé en matière de french fries. Evidemment je ne parle même pas des allumettes qui sont plus fines que fines. Sans nécessairement vouloir des pommes Pont Neuf, la frite doit être de belle taille pour permettre de distinguer le croquant de l’enveloppe extérieure et le moelleux de l’intérieur. Hélas, inapte à la cuisson des frites, j’avais abandonné mon apprentissage.

Jusqu’à cet été où me trouvant à Marseille, j’allais visiter une curiosité locale : une friterie belge a en effet ouvert dans la cité phocéenne (Voir la page Facebook de la friterie Werner). Je dégustais ainsi de belles grosses frites servies en cornet. Des pommes de terre frites dans la graisse de bœuf et étonnamment peu grasses. Je décidais alors de me remettre à l’ouvrage une fois rentré à Paris. Et d’opter pour la graisse de bœuf.

Mais si vous n’habitez pas le nord de la France, impossible de mettre la main sur de la graisse de bœuf. La principale marque (Blanc de Bœuf) propose bien de secourir les non-belges en leur permettant de commander par internet mais je trouvais que cette solution malséante et ne convenant qu’aux situations d’extrême urgence pour désespérés. Heureusement, la divine providence intercéda en ma faveur : j’étais appelé à une réunion à Anvers cette semaine.

Alors que les touristes ordinaires admiraient l’architecture flamande et se ruaient pour acheter des pralines, je dédaignais les sculptures et les bords de l’Escaut pour me ruer dans un vulgaire supermarché acquérir la précieuse graisse. Bon j’exagère un peu, j’ai quand même découvert cette ville où je venais pour la première fois. J’ai découvert la légende qui m’étais inconnue du géant Antigone (Druoon Antigoon) qui coupait la main des marins qui refusaient de s’acquitter d’un droit de passage et du centurion romain Silvius Brabo qui tua le géant, lui coupa la main et la jeta dans l’Escaut ; légende qui a donné son nom à la ville (Antwerpen = Hant + Werpen = main + jeter).

Bref, ayant acquis la précieuse graisse pour une somme modique, je n’ai pas demandé mon reste et je suis rentré à Paris. Promis, dès demain je m’atèle à la tâche. Et vous verrez, un jour, moi aussi, je saurai faire des frites.

Publié dans:Divers |on 3 septembre, 2014 |2 Commentaires »

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